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Le Projet international de Metropolis coordonne un ensemble d'activités exécutées par des membres d’organisations de recherche et d’élaboration de politiques publiques qui partagent l’objectif d’améliorer les politiques sur l’immigration par l’application des résultats de la recherche universitaire.

 
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LES MIGRATIONS ET LA POLITIQUE SUR LES GRANDES VILLES À ROTTERDAM

 

5. Perspectives d'avenir

5.1. Rotterdam 2005

Pour l'avenir, le conseil municipal de Rotterdam a établi des lignes directrices en se fondant sur des discussions qui ont eu lieu à l'automne 1996 à la grandeur de la ville sur le sujet suivant : Rotterdam 2005. Cette approche s'inscrit dans la foulée des programmes de réaménagement urbain et de renouveau social qui font partie depuis longtemps du programme de politique municipale et qui ont été regroupés dans le cadre de la politique sur les grandes villes. La nouveauté dans ce contexte est la discussion à l'échelon de la ville qui visait à établir une base populaire pour préciser l'orientation de la politique. On s'est servi de divers instruments pour lancer la discussion avec les résidents de Rotterdam :

- par l'entremise des médias, les résidents de Rotterdam ont reçu de l'information sur les thèmes de discussion proposés par le conseil municipal. On leur a aussi demandé de répondre à un questionnaire inclus dans un journal gratuit et d'écrire des lettres;

- des résidents et des organisations sociales ont aussi été invités à former des groupes de travail pour discuter de la politique pour l'avenir. On leur a aussi demandé de résumer leurs conclusions sous forme de propositions;

- la fin des discussions à l'échelle municipale a été marquée par un congrès au cours duquel on a présenté les résultats du questionnaire et des lettres et les conclusions des groupes de travail. Les conclusions du congrès ont été présentées au conseil municipal.

Cette approche est conforme au principe de l'élaboration conjointe de la politique, qui consiste à commencer à échanger des idées avec les groupes cibles concernés dès l'étape de préparation de la politique, lorsqu'on détermine son orientation, et non à l'étape de la mise en œuvre, comme c'est le cas des consultations publiques. Cette forme d'innovation administrative s'est inscrite dans un contexte plus large au cours du congrès municipal, celui de la revitalisation de la culture urbaine.

Pour assurer le suivi de la politique de renouveau socio-économique, on accordera dans l'avenir plus d'attention à deux groupes cibles : les entrepreneurs et les minorités ethniques. C'est pourquoi ces groupes cibles seront étudiés plus en détail ci-dessous.

5.2 Mise à contribution des entrepreneurs

Le rôle des entrepreneurs dans la ville est en train de changer de façon radicale. Lorsque le conseil municipal de Rotterdam a décidé, en 1989, de mettre sur pied un programme de revitalisation urbaine, on s'est demandé si le milieu des affaires de Rotterdam était prêt à l'appuyer. Le professeur Schuyt a été chargé d'étudier cette question, et une équipe de chercheurs sous sa direction a entrepris cette étude en 1990. On a choisi comme principe de base le concept de responsabilité civique. Ce concept est conforme à la tradition américaine et désigne un ensemble d'activités d'affaires généralement acceptées, axées vers le soulagement de la misère sociale. Un grand nombre de représentants de grandes entreprises ont été interrogés pour déterminer s'ils étaient prêts à assumer leurs responsabilités sociales. Ils ont réagi avec prudence; on sentait que la tendance à attribuer une responsabilité sociale au milieu des affaires était très faible, même s'ils appuyaient l'initiative du conseil municipal d'améliorer les contacts avec le milieu des affaires. La réponse aux besoins sociaux était considérée comme la responsabilité exclusive du gouvernement. Apparemment, les coûts de main-d'œuvre et les taxes élevées, combinés à une concurrence internationale féroce, empêchent les entreprises néerlandaises d'assumer toute responsabilité sociale.

Le professeur Schuyt et son équipe de chercheurs ont suggéré que la tendance des entreprises à se détacher du milieu était une explication possible de ces résultats. Les liens avec la localité s'affaiblissent et les entreprises sont par conséquent moins intéressées par les questions sociales. Il est possible que ce facteur ait un rôle à jouer, mais en général, la mobilité des entreprises est liée aux décisions d'investissement, qui sont prises à l'échelon du siège des multinationales. Par contre, l'engagement des entreprises au niveau local s'exprime par des décisions prises par les gestionnaires locaux. La tendance à la mobilité des entreprises s'appuie aussi sur une perspective pessimiste sur la responsabilité sociale du monde des affaires, alors que la mondialisation du secteur commercial continue à augmenter. Il existe cependant une autre explication possible, liée à un fait politico-historique précis; au cours des dernières décennies, l'idée que le développement social était principalement le fait du gouvernement et que les entreprises avaient uniquement des responsabilités économiques est devenue populaire aux Pays-Bas. Le concept de responsabilité civique s'oppose à cette idée. Les autorités locales peuvent avoir une incidence sur ce fait politico-historique, alors qu'elles n'en ont pas sur la tendance à la mobilité des entreprises.

La revitalisation de la culture urbaine et la combinaison du renouveau économique et social entrepris dans la première moitié des années quatre-vingt-dix, ne correspond pas à l'idée que les entrepreneurs ont uniquement des responsabilités économiques. On s'attend à ce que les entrepreneurs travaillent activement au développement de la ville, de concert avec les résidents et les intervenants sociaux. On peut même dire que les entrepreneurs jouent un rôle crucial dans ce domaine puisque la reprise économique est une condition essentielle de la lutte contre la pauvreté. Dans ce contexte, le gouvernement choisit une approche totalement différente de celle utilisée auparavant avec les entrepreneurs. Tous les efforts visent à établir des partenariats entre les secteurs public et privé, attirants pour les entrepreneurs puisque c'est une situation où il n'y a que des gagnants. Dans ce contexte, on peut parler de transition d'une approche axée sur l'offre à une approche axée sur la demande. Une caractéristique de l'approche axée sur l'offre est que, en ce qui concerne le milieu des affaires, le gouvernement tente d'orienter la politique par le biais de règlements et de subsides. Les institutions existantes sont cependant moins utiles aux entreprises parce qu'elles ne sont pas suffisamment axées sur les besoins et que des règlements complexes découragent les entrepreneurs d'étudier les possibilités offertes. Par contre, l'approche axée sur la demande est fondée sur les besoins du milieu des affaires et rend les installations aussi faciles d'accès que possible aux entrepreneurs. C'est ce qui forme la base du partenariat secteur public-secteur privé. Une initiative importante dans ce contexte est celle du Palais des entrepreneurs, une installation mobile qui visite les dirigeants de petites et de moyennes entreprises locales dans le but de les inciter à embaucher des employés provenant de quartiers défavorisés et de leur offrir des services adaptés à leurs besoins. Le projet Le cœur de la ville a permis d'inventorier sur plusieurs années et de publiciser des modèles de coopération entre les entreprises et le gouvernement ou des organismes à but non lucratif. Une manifestation de responsabilité sociale de la part d'entrepreneurs est par exemple leur appui au bénévolat par le biais du programme Fais quelque chose pour ta ville. Pour améliorer les communications avec les entrepreneurs, des plates-formes d'entrepreneurs ont été établies dans les quartiers, pour permettre de résoudre des problèmes que des entreprises locales considèrent comme des obstacles. On gagne ainsi graduellement l'appui des entrepreneurs, de façon à en faire des partenaires de la mise au point de la politique sur les grandes villes.

5.3 Participation des minorités ethniques

Il semble que la pauvreté au sein des minorités ethniques soit un problème persistant. La recherche suggère que les carences dans le domaine de l'éducation et du travail chez les cinq principaux groupes ethniques de Rotterdam, soit les Turcs, les Marocains, les Surinamiens, les Antillais et les Cap-verdiens, persiste dans la deuxième génération. Cette conclusion demeure aussi valide après un processus d'"appariement", qui consiste à étudier les différences en regard d'un grand nombre de facteurs qui font que la population ethnique dévie de la population autochtone. L'explication fondée sur une tendance à la ségrégation ou à la réaction contre la société néerlandaise ne tient pas. Des entrevues avec des jeunes provenant de groupes ethniques révèlent qu'ils souhaitent aussi trouver leur place au sein de la société néerlandaise, mais que malgré tout, leur intégration socio-économique est insuffisante.

La participation des minorités ethniques dans le milieu résidentiel (gestion de quartier) est très en retard à Rotterdam, comme dans le domaine socio-économique. La recherche dans ce domaine (Migrants and neighbourhood management in Rotterdam, par C. Bons, Université Erasmus de Rotterdam, 1994) a révélé un paradoxe sur le plan de la participation, soit que les minorités ethniques semblent participer moins en termes relatifs, mais, par ailleurs, sentent plus le besoin de participer que les Néerlandais de souche. Cette étude a permis d'interroger 339 personnes, divisées en quatre groupes, Néerlandais, Surinamiens, Turcs et Marocains, dans trois secteurs de Rotterdam, Feijenoord, Nieuwe Westen et Hillegersberg-Schiebroek. On a proposé quatorze sujets aux répondants, comme les ordures dans la rue, l'absence de terrains de jeux, le manque d'espaces verts, le vandalisme et la criminalité. On leur a demandé s'ils considéraient chacun de ces éléments comme un problème. Ensuite, pour les éléments considérés comme un problème, on leur a demandé comment ils réagissaient, s'ils prenaient des mesures eux-mêmes et sinon, s'ils étaient prêts à collaborer si quelqu'un d'autre en prenait l'initiative. Il semble que les minorités ethniques tendent beaucoup moins à prendre des mesures que la population autochtone (voir la table 5.1). On a aussi demandé aux répondants s'ils étaient prêts à participer pour garder leur quartier propre, intègre et sécuritaire. Les réponses sont présentées dans la table 5.2.

 

Table 5.1 Participation à la gestion de quartier par divers groupes ethniques, comparés entre eux

  Surinamiens Turcs Marocains Néerlandais total
Actifs 35 % 19 % 26 % 51 % 39 %
Non-actifs 65 % 81 % 74 % 49 % 62 %
Total 100 % 100 % 100 % 100 % 100 %
N 66 67 38 156 327

 

Table 5.2 Volonté de participer de divers groupes ethniques, comparés entre eux

  Surinamiens Turcs Marocains Néerlandais total
Volonté de participer, exprimée de 0 à 10 4,2 7,1 5,6 3,0 4,3
N 54 62 30 144 290

 

Un paradoxe est évident : bien que les minorités ethniques soient beaucoup moins actives, elles manifestent une volonté supérieure de participer. Une analyse plus approfondie permet de déterminer que le contraste entre la volonté de participer et l'activisme est lié à un grand nombre d'autres différences qui, prises ensemble, forment une tendance (voir le tableau 3). Cette tendance révèle qu'il existe deux groupes distincts. L'activisme accru de la population néerlandaise est caractéristique d'un groupe de statut socio-économique plus élevé, moins religieux, moins conformiste, plus politisé, participant plus à la vie culturelle et sociale et plus au courant du renouveau social et de la gestion de quartier. La plus grande volonté de participer des minorités ethniques est caractéristique d'un groupe de statut socio-économique moins élevé, plus religieux et conformiste et dont la participation est axée sur son propre milieu (famille, voisinage). Les gens attachent plus d'importance au quartier et se font une idée du quartier plus limitée au voisinage immédiat. Au sein des minorités ethniques, les gens sont plus actifs s'ils vivent depuis plus longtemps aux Pays-Bas, connaissent mieux le néerlandais, ont une plus grande volonté de s'adapter et s'identifient moins à leur propre groupe national.

 

Table 5.3 Contraste entre la participation à la gestion de quartier et la volonté de participer

Participation : Volonté de participer:
Plus de répondants d'origine néerlandaise, vivant seuls, plus scolarisés, revenu plus élevé Plus de répondants de minorités ethniques, vivant ensemble/à la maison, moins scolarisés, revenu moins élevé
Moins religieux et conformistes Plus conformistes et religieux, moins de revenus
Plus de participation à la vie politique et culturelle, membres de clubs, plus de bénévolat, plus actifs dans des comités Moins de participation à des clubs, moins de bénévolat, beaucoup moins actifs dans des comités
  Plus de participation aux activités religieuses, plus de contacts avec la famille et les voisins
Évaluation négative de l'habitabilité  
  Image du quartier axée sur le voisinage immédiat, plus d'importance accordée au quartier
Plus de connaissance du quartier, beaucoup plus familiers avec le renouveau social et la gestion de quartier Moins de connaissance du quartier
Seulement chez les minorités ethniques : Seulement chez les minorités ethniques :
Résidence de plus longue date, plus familiers avec le néerlandais, mieux acclimatés, moins identifiés au groupe national Résidence de moins longue date

 

On peut chercher une explication possible à ce contraste dans la tendance à l'individualisation, plus marquée dans la population néerlandaise qu'au sein des minorités ethniques. Une attitude individualiste porte plus à l'action directe lorsqu'il existe des sujets d'insatisfaction, alors qu'un style de vie axé sur la collectivité est plus caractéristique de la tendance à attendre un signe des pouvoirs établis ou d'une initiative de groupe. On trouve des indications d'un mode de vie plus communautaire au sein des minorités ethniques, sous forme d'un attachement plus grand à la religion , d'un plus grand conformisme et de l'importance accordée à son propre cercle. Cette attitude constitue un handicap dans une société hautement individualiste. Elle explique aussi le paradoxe qui veut que les minorités ethniques expriment souvent une plus grande volonté de participer mais dans les faits, participent moins. Le fossé entre le monde dans lequel ils vivent et les autres relations politiques, culturelles et sociales nuit au passage de la volonté de participer à la participation réelle. Il faut combler ce fossé et pour ce faire, il faut mettre en œuvre une politique de mise à contribution.

Un exemple de mise à contribution concerne la participation des minorités ethniques au bénévolat général. Les organismes généraux de Rotterdam enregistrent aussi des niveaux plus faibles de participation des minorités ethniques au bénévolat général. Le Projet de participation des minorités ethniques (PPA) est une initiative qui vise à changer cette situation. Au début du projet en 1994, on visait la participation de cinquante membres de minorités ethniques à des comités d'organismes généraux. Au 1er janvier 1996, on a poursuivi en tentant de placer trois cents membres de minorités ethniques dans des postes d'administration et de bénévolat auprès d'organismes généraux.

La vision sur laquelle est fondée le PPA est celle du réseau des organisations des minorités ethniques qui dirigent le projet. Cette vision correspond à la nécessité de réduire la sous-représentation des minorités ethniques aux organisations générales. Cette situation est problématique pour les organisations parce qu'elles sont incapables de rejoindre une partie de leur groupe cible, et est particulièrement marquée dans une ville comme Rotterdam, où les membres des minorités ethniques constituent une proportion considérable de la population. Comme ils sont sous-représentés dans les comités des organisations générales, leurs besoins ne sont pas exprimés dans la politique de ces organisations, qui perdent de ce fait une partie de leur légitimité démocratique. Comme ce problème touche à la fois les minorités ethniques et la population néerlandaise, les deux parties ont la responsabilité de le corriger.

Un concept important de cette vision est que la participation doit être souhaitée par les groupes ethniques eux-mêmes et axée sur l'exercice d'une plus grande influence dans la société. Les minorités ethniques peuvent contribuer à changer la société, en en faisant une communauté plus multiculturelle. Les obstacles aux minorités ethniques ne disparaîtront pas d'eux-mêmes : leurs membres devront agir. Les organismes d'entraide des minorités ethniques fournissent à cette fin un soutien essentiel. On peut faire plus si divers organismes minoritaires travaillent ensemble. Cette vision s'oppose à celle selon laquelle il faut "aider" les minorités ethniques à se sentir chez eux aux Pays-Bas et, avec le temps, à s'intégrer à la société néerlandaise. L'essentiel est que les minorités ethniques acquièrent une place appropriée au sein de la société néerlandaise. En participant activement aux organisations générales, elles peuvent devenir des partenaires de la société néerlandaise, sans perdre leur propre identité.

 

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