Montréal : laboratoire de
cosmopolitisme entre deux mondes
En guise de
conclusion
On voit bien toute la charge politique qui se
profile, via la question linguistique, sur la question de
limmigration, faisant du territoire montréalais une
région particulièrement sensible dans les débats nationaux. En
fait, tout se passe comme si limage de division que
projettent les débats politiques sur les principes autour
desquels bâtir la cohésion sociale de la société québécoise
tranchait avec le modus vivendi qui prévaut dans la vie
quotidienne des quartiers et qui est basé sur les accommodements
que permet une cohabitation segmentée mais non spatialement
ségréguée. En dautres mots, dans les pratiques urbaines
quotidiennes, Montréal vit au rythme dun cosmopolitisme
tranquille, qui nest bien sûr pas exempt dattitudes
discriminatoires ou intolérantes, mais qui névoque pas un
milieu urbain socialement fragmenté. La poursuite de
létalement urbain de limmigration contribuera
dailleurs certainement à diversifier le paysage dune
périphérie urbaine jusquici largement homogène. De
manière similaire, la poursuite dune diversification des
pays et régions de provenance des immigrants permettra de
conserver la forte multiethnicité de limmigration au
Québec. Cette multiethnicité a des effets de milieu allant dans
le sens dune dépolarisation des relations interethniques
lorsquelle nest pas assortie dune fragmentation
ethnique de lespace urbain.
Par contre, de sérieux défis attendent la
métropole montréalaise au chapitre de la paupérisation du
coeur de lagglomération, et plus largement, face aux
bi-polarisations croissantes quaccélère un contexte
économique peu favorable. La concentration au coeur de la
métropole de populations marginalisées, au bord de
lexclusion sociale, au nombre desquelles on retrouve
certaines catégories de populations immigrées, témoigne
dun problème spatial et dun problème
socio-économique qui pourraient devenir critiques sils
sont sur-ethnicisés. Les intervenants locaux, tant municipaux
que communautaires, auront à cet égard un rôle décisif à
jouer. Mais ces problèmes devront aussi être gérés au niveau
métropolitain, compte tenu des questions de justice distributive
quils soulèvent. Or pour lheure, on la vu dans
la première section de ce texte, lespace politique
métropolitain est très fragmenté, exception faite du tout
nouveau Ministère de la Métropole. Si jusquà présent le
tissu associatif dynamique que lon retrouve dans les
quartiers plus fragiles a en partie contribué à alléger les
problèmes de pauvreté, disolement et dadaptation
des nouveaux arrivants, pendant que le tissu proprement urbain
favorisait un certain côtoiement, une détérioration prolongée
du marché du travail pourrait rapidement avoir raison des bonnes
volontés locales et ébranler le cosmopolitisme tranquille de
Montréal.
Notes
1. Cette étude n'aurait pu être menée
sans le soutien de la Direction de la planification
stratégique du ministère des Relations avec les Citoyens et
de l'Immigration du Gouvernement du Québec, du projet
Metropolis de Citoyenneté Immigration Canada et de la
Division des affaires interculturelles de la Ville de
Montréal, ainsi que du Centre Immigration et Métropoles. Je
tiens aussi à remercier chaleureusement mes collègues de
l'INRS-Urbanisation Julie Archambault, Francine Dansereau,
Jaël Mongeau et Damaris Rose, ainsi que mon assistante Julie
E. Gagnon. Les propos présentés dans ces pages n'engagent
toutefois que ma seule responsabilité.
2. Cette expression était utilisée par le
Gouvernement du Québec depuis 1981 jusquà lan
dernier pour désigner lensemble des personnes
dorigine autre que française, britannique ou
autochtone, quel que soit leur lieu de naissance.
3. Mais Mercer a ajouté quelques années
plus tard que Montréal était aussi la plus américaine des
villes canadiennes, du fait des taux élevés de pauvreté au
coeur de l'agglomération (Mercer, 1992).
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