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Groupe de travail 3

Changements démographiques et cohésion sociale

Steve Vertovec
CRER, University of Warwick, UK

Une discussion animée en atelier s’est articulée autour des questions et des Thèmes suivants:

I. Détermination des questions

[A] Quelles sont les "applications" de la démographie dans l’étude de l’immigration et de la cohésion sociale? Ici, les participants ont abodré des questions tournant autour de la répartition des ressources publiques, des facteurs économiques reliés à la démographie (comme le remplacement de la main-d’oeuvre) et la necessité de comprendre les macro-processus (y compris les courants migratoires et les taux de fécondité et de mortalité). Une question centrale a aussi été soulevée: les préoccupations à l’égard de la "démographie" et de l’immigration servent-elles en fait à masquer les préoccupations à l’égard des changements ethniques ou de la composition "raciale" de la société?

[B] Quels sont certains des aspects les plus importants de la "cohésion sociale" ayant trait à ces sujets et à d’autres questions connexes? Ici, on a formulé plus de questions que de réponses, notamment: Y a-t-il, dans les sociétés, un "seuil de tolérance" fictif que les questions d’immigration viennent rompre? L’accroissement de l’hétérogénéité est-elle toujours associée à un conflit? La concentration des groupes entraîne-t-elle un certain type de déséquilibre social? Que signifie la "désaffiliation" (terme employé par Decouflé)? [Les réponses à ces questions allaient dans le sens de la fragmentation ou de la rupture des relations sociales des réseaux sociaux.] Comment peut-on appliquer cette notion à l’immigration en particulier?

II. État des connaissances
[A] Un point de vue fondamental qui a été soulevé tout particulièrement dans cette partie de l’atelier est que "nous sommes tous prisonniers de nos perspectives, de nos concepts, de nos modèles et de nos traditions nationaux". Toutefois, les participants se sont demandés si tous partageaient un paradigme malthusien implicite (et plus particulièrement si ce thème revenait dans les discours populaire), à savoir si l’on présumait que les systèmes sont stables jusqu’à ce q’on atteigne un "niveau de saturation", et que, dans le cas qui nous intéresse, l’immigration serait l’élément déstabilisateur. En réponse à cette question, la plupart des participants reconnaissent que les immigrants ne sont pas à blâmer pour les changements survenant sur une échelle plus vaste (ayant des effets sur les relations entre les sexes, les structures familiales, le marché du tavail et d’autres secteurs de l’économie, et largement imputés à la mondialisation). Nous devons détruire le mythe selon lequel les changements démographiques dus à la migration sont responsables de la "rupture de la cohésion sociale".

[B] La question de la concentration a aussi été abordée de diverses façon au cours de l’atelier. On a surtout fait remarquer qu’elle était causée par une multitude de facteurs et qu’elle pouvait être soit accueillie comme un élément positif favorisant la pleine autonomie des immigrants, soit évitée en tant que menace à l’insertion dans la communauté.

[C] Les participants ont aussi discuté d’immigration illégale en faisant remarquer que bon nombre de modes d’immigration, considérés légitimes il y a seulement dix ou vingt ans, ont récemment été "criminalisés", tout comme de nombreux immigrants eux-mêmes. Une autre dimension de ce problème a été soulevée, soit celle de la politique des frontières fermées des pays européens, qui a donnée naissance à une foule d’activités criminelle favorisant le trafic des personnes.

III. Orientations et priorités en matière de recherches et de politiques

[A] Les participants ont cerné plusieurs secteurs de recherche clés qu’il faudrait développer, dont:

  • La transformation des données, c’est-à-dire la façon de rendre l’information démographique plus accessible en la présentant sous des formes plus compréhensibles, comme des cartes géographiques, qui pourraient servir aux décideurs;
  • les chercheurs doivent travailler davantage en réseau et améliorer leur façon de le faire afin de partager leur expérience de la collecte des données;
  • il faut traiter les populations "hôtes" et migrantes comme une seule entité sociale (puor éviter d’adopter une approche qui ferait porter aux immigrants tout le poids du problème tout en ne tenant pas compte de processus de changement plus globaux);
  • il faut obtenir plus de micro-données (y compris sur les travaux d’ethnographie) et faire davantage d’études longitudinales et de recherches comparatives rigoreuses;
  • en ce qui a trait aux questions de concentration, nous devons recueillir des données et faire des analyses non seulement sur les endroits "où les gens dorment" (c’est-à-dire là où ils habitent), mais aussi sur les endroits où ils travaillent, sur leur façon de s’y rendre, sur les lieux où se déroulent leurs activités sociales et sur la masure dans laquelle ils se trouvent temporairement concentrés à leur travail, dans leurs déplacements et leurs activités de loisirs;
  • en ce qui a trait tout particuliérement à la démographie, nous devons, par exemple, mieux comprendre comment les attitudes, les pratiques et les tendances relatives à la fécondité changent dans une société; savoir mieux interpréter les courbes de mortalité des groupes de migrants pour comprendre leurs schèmes d’adaptation; savoir mieux différencier les principaux modes de migration distinctifs (p. ex. la migration interne par rapport à la migration internationale, les immigrants qualifiés par rapport aux non-qualifiés, les immigrants "de passage" par rapport aux immigrants à long terme, et les immigrants transnationaux par rapport aux immigrants transplantés).

[B] Les participants ont également soulevé des aspects liés aux orientations fondamentales sur lesquels il faudrait se pencher, notamment:

  • reconnaître le fait que la "fragmentation" des relations sociales peut tout simplement être la formation de tendances et de reseaux nouveaux qui devraient être accueillis favorablement;
  • le besoin de crèer des "point d’accès multiples" qui feraient participer les immigrants aux activités culturelles, sociales et politiques;
  • les politiques, ainsi que les institutions et les dirigeants locaux, devraient favoriser les pratiques visant à promouvoir les échanges positifs entre les immigrants et les populations "hôtes" sur la base d’intérêts communs (p. ex., faire le "ménage" dans les quartiers populaires, ou évincer les revendeurs de drogue).

    À la fin de l’atelier, une énigme demeurait pour les participants - issus de toute une gamme de professions des domaines de la recherche et des politiques - soit que les politiciens s’intéressent à la perspective globale, tandis que les chercheurs s’attardent plus aux détails et à la dynamique des choses. L’un et l’autre groupe, cependant, ont reconnu avoir beaucoup à se dire.

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