Metropolis est un réseau international favorisant la recherche comparative et l'élaboration de politiques publiques sur la migration, la diversité et l'intégration des immigrants dans les villes au Canada et dans le monde entier Search image1 Search image 3
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Le Projet international de Metropolis coordonne un ensemble d'activités exécutées par des membres d’organisations de recherche et d’élaboration de politiques publiques qui partagent l’objectif d’améliorer les politiques sur l’immigration par l’application des résultats de la recherche universitaire.

 
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Groupe de travail 1

L’intégration des immigrants dans la métropole post-industrielle: un point de vue des États-Unis

Roger Waldinger
Department of Sociology, Lewis Center for Regional Policy Studies, UCLA, USA

Ce document a pour but de favoriser la discussion au sujet du rapport entre le changement dans l’économie urbaine, d’une part, et l’intégration des immigrants, d’autre part. Dans ce contexte, ce document ne se veut pas un relevé de la littérature ni un résumé de conclusions, mais plutôt une esquisse des principales questions que se posent les chercheurs et des controverses connexes. Avant d’aller au coeur du sujet, j’aimerais d’abord vous donner un avertissement, à savoir que mes connaissances sur l’état de la recherche dans les divers pays qui participent au projet Metropolis sont très imparfaites et inégales; qui plus est, je suis un spécialiste de l’immigration et non un spécialiste des questions urbaines. Par conséquent, les propos qui suivent sont inévitablement influencés par la situation aux États-Unis et peuvent ne pas donner une image exacte des questions émergentes dans les régions que je connais moins bien.

Faits urbains: bien que les modèles de répartition géographique soient différents d’un pays à l’autre, on peut dire que les immigrants se sont toujours concentrés de façon disproportionnelle dans les régions urbaines. Dans un pays donné, les grandes régions urbaines n’ont pas attiré les immigrants de la même façon; il existe également une différence entre les pays pour ce qui est de la mesure dans laquelle les métropoles (là où il y en a) ont attiré une présence disproportionnée d’immigrants. Cependant, la première généralisation au sujet de la présence des immigrants et de leurs descendants dans la ville reste généralement vraie; par conséquent, la question du rapport entre les nouvelles populations ethnoculturelles et la base économique des villes est essentielle et à la recherche et aux objectifs stratégiques en matière de politique. Cette question est également troublante parce que le rapport entre l’économie urbaine et les bases démographiques qu’on a observé au cours de la migration initiale d’après-guerre a changé de façon spectaculaire. Au cours de la première période, les villes avaient une économie florissante basée sur le secteur manufacturier, ce qui leur permettait de servir de tremplin pour les nouveaux arrivants non spécialisés. Aux États-Unis, l’économie basée depuis longtemps sur le secteur manufacturier a également permis à de multiples générations d’atteindre le sommet de la hiérarchie sociale. Les enfants d’immigrants pouvaient améliorer leur sort s’ils poursuivaient leurs études jusqu’au niveau secondaire, ce qui leur donnait accès à des emplois bien rémunérés dans le secteur manufacturier. La troisième génération s’est rendue au niveau universitaire et au-delà, achevant le cycle allant du colporteur au professeur en passant par le plombier. Bien que nous en sachions moins sur l’expérience au fil des ans des immigrants dans les pays d’Europe (par exemple, en France ou au Royaume-Uni), la littérature existante fait état d’une histoire à peu près semblable. Cependant, au cours des vingt-cinq dernières années, l’économie urbaine et les structures sociales se sont transformées d’une façon telle qu’il est peu probable que le passé se répète. Il existe diverses interprétations de la nouvelle réalité urbaine, et mon propos ici n’est pas de me prononcer sur celles-ci, mais de les décrire et d’esquisser certaines des conséquences qui en découlent pour l’intégration des populations ethno culturelles.

L’inadéquation des compétences : cet argument fait ressortir le déclin du secteur manufacturier et son remplacement par le secteur des services. Ce point concerne en grande partie l’emploi et la répartition mouvante des emplois selon la compétence. Au cours de la période initiale, les emplois dans le secteur manufacturier abondaient et offraient des occasions aux travailleurs détenant des niveaux de scolarité peu élevés ou moyens. Mais ce genre d’emploi est aujourd’hui à la baisse (en raison de la banlieusardisation, de la relocalisation dans des quartiers d’habitation où la vie est moins chère, de l’internationalisation) et l’avènement de la métropole postindustrielle, comme l’ont affirmé les célèbres professeurs William J. Wilson et John Kasarda, a volé aux régions urbaines leur capacité d’absorption. Les changements dans la technologie et les communications, prétend John Kasarda, ont décimé les "industries de traitement de biens traditionnels qui ont jadis constitué le fer de lance économique des villes, et fourni des emplois de débutants pour les Américains d’origine africaine moins spécialisés". Le déclin du secteur manufacturier dans les villes a été compensé par l’émergence d’une nouvelle économie dominée par les industries de services à forte concentration du savoir qui exigent habituellement un niveau de scolarité postsecondaire et auxquelles n’ont donc pas accès la plupart des minorités de personnes ayant des emplois peu rémunérés dans le noyau central de la ville. Donc, du côté de la demande, les "emplois mêmes qui dans le passé attiraient des vagues de personnes défavorisées et leur permettaient de monter les échelons de la hiérarchie sociale... étaient en train de disparaître ", alors que du côté de l’offre, le nombre de "résidents minoritaires ne possédant pas la scolarité requise pour obtenir un emploi dans les nouvelles industries du traitement de l’information [étaient en train] d’augmenter".

Une deuxième version de l’inadéquation des compétences fait ressortir l’inadéquation géographique. Dans la version américaine de cette argumentation, le problème est attribuable à la banlieusardisation de l’emploi, d’une part, et à l’isolement continu des minorités ethnoculturelles, les Américains noirs, en particulier, dans les noyaux centraux des villes. Au sein de ces noyaux, la structure de l’emploi s’est transformée de la façon décrite plus haut. Mais les banlieues se sont développées beaucoup plus rapidement que les noyaux centraux des villes, "la plus grande partie de la croissance se produisant dans les "municipalités"en essor à la périphérie de la métropole. Dès 1990, il y avait dans un grand nombre de ces "municipalités"plus de bureaux et de commerces de détail que dans les centres-villes des métropoles" . Non seulement les banlieues offrent-elles plus d’emplois, mais elles constituent une source abondante d’emplois peu spécialisés, en partie en raison de la relocalisation des industries manufacturières, mais aussi à cause de la base démographique banlieusarde en croissance qui a donné naissance à un vaste secteur de services diversifiés et de commerces où les emplois exigent une scolarité relativement peu élevée. Une certaine version de l’hypothèse au sujet de l’inadéquation géographique peut s’appliquer aux villes européennes, quoique probablement différemment étant donné le rapport différent entre le noyau central de la ville et la banlieue. De toute évidence, la principale question concerne le rapport entre la répartition géographique de la population ethnique, d’une part, et la répartition géographique des emplois auxquels celle-ci convient le mieux, d’autre part. Dans certaines villes européennes, la population ethnique peut habiter dans les banlieues, et les emplois peuvent se trouver dans les noyaux centraux des villes; dans d’autres cas, la situation peut être plus semblable à celle qu’on observe aux États-Unis. L’intensité du problème dépend également des contraintes de la redistribution géographique : peu de groupes peuvent connaître une discrimination en matière de logement aussi extrême que les Noirs des États-Unis.

Les deux types de formules d’inadéquation se rapportent à l’hypothèse de la classe marginale avancée aux États-Unis par William J. Wilson, et appliquée, avec des modifications importantes, à un certain nombre d’autres pays. Selon cette hypothèse, l’érosion des emplois dans les régions urbaines s’est accompagnée d’un exode des membres de la population noire américaine plus spécialisée et ayant une scolarité plus élevée; ces deux phénomènes ont sapé l’infrastructure institutionnelle des communautés noires urbaines. Il en est résulté une pauvreté condensée, où les Noirs pauvres et peu spécialisés se trouvent concentrés dans les communautés urbaines et ont peu d’emplois, peu d’institutions pouvant leur venir en aide, et peu de membres ayant des contacts avec soit des employeurs, soit des institutions d’assistance. Comme l’a écrit récemment Wilson: "les voisinages qui offrent peu d’occasions d’emploi légitime, des réseaux d’information sur l’emploi insuffisants et des écoles médiocres finissent par faire disparaître l’emploi. C’est-à-dire que là où les emplois sont rares, et où les gens ont rarement l’occasion d’aider leurs amis et voisins à trouver des emplois, et où la vie scolaire est perturbatrice ou détériorée... un grand nombre de ces personnes finissent par perdre le sens de leur rapport avec le travail dans l’économie officielle; ils ne s’attendent plus à ce que le travail soit une force régulière et régulatrice dans leur vie."

L’hypothèse de la classe marginale découle logiquement des diverses formules d’inadéquation, mais on ne sait pas, même aux États-Unis, dans quelle mesure elle s’applique à d’autres minorités ethniques (par exemple, les Américains d’origine mexicaine), ou à d’autres groupes d’immigrants. Cependant, elle peut cadrer mieux avec la situation de divers groupes de la deuxième génération.

Mondialisation : Cette perspective offre une interprétation des tendances urbaines mettant l’accent sur les nouvelles sources de croissance et de dynamisme de la ville. Dans ce contexte, l’économie urbaine s’est réorganisée autour d’un ensemble d’industries de service liées à l’économie mondiale; les régions urbaines demeurent essentielles en raison de leur rôle consistant à rassembler une main-d’oeuvre hautement qualifiée engagée dans des transactions où l’agglomération et les contacts personnels demeurent importants. Mais selon cette optique, la croissance de l’industrie des services suppose également un processus de restructuration économique. L’idée de restructuration suppose que la croissance des services à son sommet engendre simultanément des emplois pour les femmes de chambre et les serveurs, les spécialistes des services de banque d’investissement et les avocats, tandis que les emplois intermédiaires entre ces extrêmes diminuent lentement mais régulièrement. La restructuration donne également lieu au déploiement de nouveaux groupes de travailleurs, attirant les immigrants de l’étranger qui viennent occuper les postes de niveaux inférieurs plus nombreux. L’arrivée de l’économie en forme de sablier crée donc une demande de main-d’oeuvre étrangère. Mais le rapport entre les villes et les immigrants va dans les deux sens : l’arrivée des immigrants contribue à expliquer la raison pour laquelle on a observé au cours des deux dernières décennies une nouvelle "renaissance urbaine". D’une part, l’arrivée de travailleurs étrangers a insufflé une nouvelle vigueur au secteur manufacturier comateux. Les immigrants, ainsi que le veut l’histoire, ont été des employés plus dociles, et les employeurs des usines n’ont pas été obligés de leur offrir des salaires conformes aux normes nationales. Comparativement à la main-d’oeuvre nationale, la main-d’oeuvre que constituent les immigrants peut également être déployée plus souplement, conférant ainsi aux fabricants des villes la possibilité d’adapter la production et de se fier davantage à la sous-traitance. En outre, les fabricants dans les zones urbaines peuvent également compter sur une population importante et vulnérable d’immigrants illégaux. Leur présence a donné une nouvelle signification au mot exploitation, faisant du "nouvel atelier de misère des immigrants... (a) un secteur important de croissance de l’emploi dans les villes centrales aux États-Unis au cours de la dernière décennie."

L’immigration a également fait avancer l’économie des services. Selon Saskia Sassen, qui a fait des travaux de recherche sur New York : "l’immigration peut être considérée comme un fournisseur important de main-d’oeuvre pour la vaste infrastructure d’emplois mal rémunérés sous-tendant les services spécialisés et les styles de vie bourgeois de ses employés. Les messageries, les buanderies françaises, les restaurants, les épiceries fines, les services de réparation et les services d’aide familiale ne sont que quelques exemples de la gamme variée d’emplois à faible salaire nécessaires à l’exploitation du secteur des services spécialisés et à ses employés. Les immigrants représentent une main-d’oeuvre souhaitable parce qu’ils coûtent relativement peu cher, ils sont fiables, disposés à travailler à des horaires irréguliers, et sûrs".

Les immigrants permettent également de maintenir l’expansion de la main-d’oeuvre nécessaire pour les nouveaux emplois dans le secteur professionnel et le secteur de la gestion. Comme l’affirment Harrison et Bluestone, "la fourniture de ... services aux employés de bureau devient la principale activité économique pour le reste de la ville ". À leur avis: "le coût de la vie élevé dans les villes renfermant des sièges sociaux d’entreprises fait que les membres des ménages professionnels doivent travailler tous les deux pour maintenir un style de vie de la classe moyenne. Cela fait en sorte que cette nouvelle aristocratie doit consommer de plus en plus de services que les travailleurs d’une génération précédente auraient produit eux-mêmes."

En fournissant l’"importante cohorte d’employés de restaurants, de buanderies, de gardiens pour les chiens, de travailleurs de la construction et d’autres emplois du genre" , les immigrants font abaisser ce qu’il en coûte pour maintenir une main-d’oeuvre hautement qualifiée en place. Ainsi, si la main-d’oeuvre étrangère n’était pas là, les secteurs de services de pointe à New York ou à Los Angeles devraient payer leurs travailleurs hautement qualifiés encore plus cher, et seraient ainsi perdants dans le jeu compétitif à plus grande échelle.

Dans une certaine mesure, l’hypothèse de la mondialisation représente une abstraction à partir des tendances urbaines de la fin des années 1970 et du début des années 1980 jusqu’au milieu de cette décennie, alors que les villes comme New York, Londres ou Tokyo connaissaient une expansion vigoureuse. Mais cet essor du passé est maintenant révolu, et les trois villes depuis lors font face à un avenir beaucoup plus incertain. De plus, on ne sait pas vraiment si c’est la spécialisation ou la diversification qui est la clé de la croissance urbaine. New York et Londres sont de loin plus spécialisés dans le secteur des services et des finances que Tokyo, qui conserve une assise manufacturière plus solide; c’est pourquoi les deux premières pourront avoir plus de mal à engendrer une croissance dans l’avenir ou à connaître une reprise à la suite de périodes de récession. L’hypothèse de la mondialisation met également l’accent sur la centralité des très grandes villes, mais, à l’échelle mondiale, les villes dont on a fait mention plus haut sont loin d’être les plus grandes. Même si l’échelle mondiale est réduite aux rangs des sociétés de pointe, on ne sait pas vraiment si ce sont les plus grandes villes qui sont les plus compétitives. La mondialisation suppose également une compétition accrue entre les régions métropolitaines, et il se peut que la principale caractéristique de la situation actuelle soit l’instabilité de la hiérarchie urbaine, et non le rang des villes dans la hiérarchie à un moment donné. Si tel était le cas, il serait important de savoir comment se classent, sur le plan de la concurrence, les villes ayant des caractéristiques différentes quant à la densité d’immigrants, ou l’importance relative de la population d’immigrants.

Nouvelles formes d’agglomérations urbaines : Les deux hypothèses esquissées plus haut supposent que le secteur manufacturier est en décroissance dans les régions métropolitaines. Cela est presque vrai sur le plan de l’emploi en terme relatif, mais nous avons diverses raisons de croire que le secteur manufacturier peut devenir un phénomène urbain plus persistant, comme le suggèrent les écrits portant sur la "spécialisation souple "et les "nouveaux districts industriels". Ici, on prétend que le secteur manufacturier passe d’une production de masse à une production souple, où l’avantage est détenu par les petits producteurs, capables de réagir rapidement à des variations de la demande et liés par des réseaux à des sources de main-d’oeuvre, de fournitures, d’informations et de capital. Comme Saxenian l’a affirmé: "dans ces systèmes, qui s’articulent autour de réseaux horizontaux d’entreprises, les producteurs accroissent leur propre capacité par la spécialisation, tout en engageant des relations étroites, mais non exclusives, avec d’autres spécialistes. Les systèmes de réseaux abondent dans les agglomérations régionales où l’interaction répétée permet de construire des identités communes et une confiance mutuelle tout en intensifiant les rivalités de la compétition.."

Dans ce contexte, le facteur régional a une importance accrue dans la croissance économique; les différences compétitives entre les régions sont liées aux différences régionales entre les cultures et les structures sociales qui aident à la mise en place de nouvelles modalités de travail plus souples et davantage empreintes de collaboration. Ces travaux de recherche portent davantage sur le secteur manufacturier que sur l’industrie des services, quoique étant donné les tendances de la technologie, la frontière entre le secteur manufacturier et le secteur des services est plus floue que jamais. Généralement, les travaux de recherche mettent l’accent sur les facteurs historiques qui donnent lieu à un avantage régional; cela pose la question de savoir si une région peut importer ou adopter le modèle de la "spécialisation souple "ou "du district industriel "selon leur propre expérience historique. Le district industriel classique s’est déjà présenté sous le phénomène de la grande ville, mais il n’est pas sûr qu’il en soit encore ainsi; de nombreux districts industriels décrits dans la littérature se trouvent dans des régions de villes petites ou moyennes. Les très grandes villes, les métropoles, comportant des concentrations d’immigrants importantes semblent ne pas abriter de districts industriels florissants. Les industries qui employaient des immigrants au cours de la période d’importation de main-d’oeuvre étrangère étaient concentrées dans le secteur de la production de masse; certaines des industries manufacturières qui embauchent encore des immigrants possèdent des caractéristiques qui rappellent la spécialisation souple, par exemple, l’industrie du vêtement, mais elles reviennent également à l’époque de l’atelier de misère. Dans d’autres cas, comme à Los Angeles ou à Silicon Valley, les entreprises de haute technologie qui semblent appartenir à des "districts industriels "locaux ont néanmoins recruté des immigrants, les déployant dans des emplois peu spécialisés, répétitifs et mal rémunérés, ce qui n’est pas sans rappeler le rôle des immigrants dans les industries de production de masse au cours de l’apogée économique d’après-guerre.

Intégration économique: de toute évidence, les observations qui précèdent portent sur les nombreuses préoccupations en matière de recherche et de politiques concernant l’intégration économique des immigrants et de leurs descendants. Incontestablement, le thème sous-jacent est celui d’une nouvelle difficulté, où le moteur qui a servi dans le passé à propulser les membres de la société peu spécialisés plus haut dans l’échelle sociale ne fonctionne plus, ou ne fonctionne plus avec la même force. Cependant, cette formule met l’accent sur les problèmes auxquels font face tous les membres de la société peu spécialisés, et non pas seulement ceux qui ont des origines ethnoculturelles distinctives ou perçues comme telles. Il faut donc approfondir la question pour déterminer les facteurs qui nuisent aux populations nées à l’étranger et à leurs descendants.

Encore là, cette définition des facteurs nécessite une modification plus poussée des différences internes entre les immigrants et leurs descendants ainsi qu’une plus grande attention. Si on met de côté la deuxième génération pour l’instant, il est clair que la population étrangère est hautement diversifiée; les axes de la diversification sont nombreux et non uniques et englobent le pays d’origine, l’époque de la migration, les circonstances de cette dernière (s’il s’agit d’immigrants de la catégorie économique ou de réfugiés), du niveau de spécialisation, etc. En outre, l’ampleur des préoccupations au sujet de la population étrangère et de sa descendance varie d’un pays à l’autre, selon que cette population étrangère est établie depuis longtemps, auquel cas on se concentre principalement sur la deuxième génération, ou selon que l’immigration est en cours, et ce, à des niveaux raisonnablement élevés, auquel cas les questions concernant l’adaptation des immigrants ont la priorité.

Pour les travailleurs immigrants de type traditionnel, tous les scénarios sur la modification de l’économie urbaine décrits plus haut jettent de sombres perspectives. Le pire facteur peut bien être l’inadéquation des compétences, puisqu’il implique que les immigrants n’ont plus de rôles à jouer dans les économies urbaines; pour de nombreux travailleurs migrants des années 1960 et 1970, qui se retrouvent maintenant excédentaires, l’hypothèse de l’inadéquation des compétences peut ressembler tristement à la vérité. Mais il est probable que cette hypothèse soit trop pessimiste : les besoins en spécialisation ont en fait augmenté aux États-Unis, mais dans une faible mesure seulement, pendant que la tendance au perfectionnement s’est considérablement amoindrie depuis 1960. Par conséquent, les personnes ayant des niveaux de scolarité peu élevés ont continué d’occuper un nombre étonnant d’emplois. En 1990, par exemple, des personnes ayant au plus une douzième année détenaient près de la moitié de la totalité des emplois à New York, et la proportion était encore plus élevée à Los Angeles. Comme les États-Unis ne sont pas la seule économie postindustrielle à attirer des immigrants de type traditionnel, on peut conclure que la demande de main-d’oeuvre peu spécialisée se maintient, n’en déplaise aux tenants de l’hypothèse de l’inadéquation.

L’hypothèse de la mondialisation contribuerait à expliquer l’ampleur persistante de l’immigration de personnes peu spécialisées, mais elle comporte également des implications perturbatrices, puisqu’elle suppose que les immigrants se font prendre au piège de la mobilité ethnique, où il y a peu ou pas d’occasions d’avancer. Tout comme l’hypothèse de l’inadéquation des compétences, celle de la mondialisation offre, au mieux, un compte rendu incomplet, ne tenant pas compte du tout du rôle des immigrants hautement spécialisés, dont la présence a été peu nombreuse mais significative dans l’immigration des États-Unis depuis l’adoption de la Loi Hart-Celler en 1965. Bien que l’on décrie la qualité des immigrants aux États-Unis, les résultats du recensement de 1990 ont révélé que la détention d’un diplôme de niveau collégial est aussi commune chez tous les immigrants que chez les ressortissants américains (1 sur 5). De plus, les immigrants hautement spécialisés sont souvent plus nombreux que la moyenne des États-Unis, la proportion d’immigrants détenant un diplôme collégial variant de 27 p. 100 chez les Russes à 65 p. 100 chez les Indiens. Par conséquent, une bonne proportion des personnes venues s’établir récemment aux États-Unis se situe, non pas au bas de l’échelle sociale, mais dans la classe moyenne ou supérieure. Par exemple, à Los Angeles, les emplois professionnels convoités comptent une concentration d’immigrants: dans la région de Los Angeles, plus de 35 p. 100 des pharmaciens sont d’origine étrangère, et la proportion est de plus de 25 p. 100 dans le cas des dentistes, de plus de 20 p. 100 dans le cas des ingénieurs, de divers spécialistes en informatique et chez les physiciens.

Peu importe la variation des occasions offertes par la structure de l’économie urbaine, on estime que les immigrants vont s’adapter à leur façon. Par exemple, ils peuvent avoir moins de possibilités que la plupart des gens, même lorsque l’on considère l’ensemble des travailleurs moins scolarisés, puisque les travailleurs et les employeurs natifs du pays vont s’engager dans des pratiques discriminatoires. Bien que les immigrants puissent être stigmatisés, et que ce stigmate peut avoir un prix, ils peuvent également se distinguer d’autres façons favorisant des adaptations plus réussies à la restructuration. Nous savons que les communautés d’immigrants se développent par la mobilisation de chaînes et de réseaux de recrutement non officiels qui peuvent les aider à s’adapter aux nouvelles circonstances. Comme l’obtention d’un emploi dépend en grande partie de nos connaissances, les immigrants et les membres des minorités ethniques obtiennent des emplois grâce à des réseaux; le mécanisme répété du recrutement par ces réseaux développe des concentrations d’emplois ethniques ou des "créneaux ethniques "comme je les ai appelés ailleurs. Le processus de création de ces créneaux peut souvent transformer un inconvénient ethnique en un avantage, permettant aux étrangers de compenser les déficits dus à l’origine de leur groupe et la discrimination à laquelle ils font face. Les réseaux qui relient les communautés ethniques comprennent une source de "capital social ", fournissant des structures sociales qui facilitent l’action, dans ce cas, la recherche d’emplois et l’acquisition de compétences et d’autres ressources nécessaires pour gravir les échelons de l’échelle économique. Les réseaux entre les employés et les chercheurs d’emploi ethniques permettent une transmission rapide, aux communautés, de l’information sur les nouvelles possibilités d’emploi émanant des lieux de travail. Et les réseaux fournissent une information de meilleure qualité au sein des lieux de travail, limitant les risques liés à l’embauche initiale. Une fois en place, les réseaux d’embauche ethniques s’auto-reproduisent, puisque chaque nouvel employé en recrute d’autres de son propre groupe.

Bien que la création des créneaux ethniques donne à un groupe un accès privilégié à des emplois, un exemple classique -- celui des petites entreprises -- laisse entendre que ceux-ci pourraient faire beaucoup plus. Les entreprises ethniques naissent de la formation de communautés ethniques, avec leurs marchés protégés et leurs réseaux de soutien mutuel. Bien que les entreprises ferment souvent à un rythme effarant, l’activité commerciale offre une voie vers l’expansion dans des secteurs d’activités plus dynamiques engendrant des profits plus élevés. Les commerçants de détail deviennent des commerçants de gros, les entreprises de construction apprennent à se transformer en promoteurs immobiliers; les confectionneurs de vêtements acquièrent les capitaux, les connaissances spécialisées et les contacts pour concevoir et commercialiser leurs propres vêtements. Au fur et à mesure que le créneau ethnique prend de l’expansion et se diversifie, les occasions pour les fournisseurs ethniques des domaines connexes et pour les clients s’élargissent également.

Un secteur commercial en expansion traîne dans son sillage à la fois un mécanisme de transmission efficace des compétences et un catalyseur pour l’esprit d’entreprise. Du point de vue des travailleurs ethniques, l’occasion d’acquérir des compétences en gestion grâce à des périodes d’emploi de courte durée dans des entreprises d’immigrants compense pour les salaires peu élevés et fournit la motivation pour apprendre une gamme variée de tâches. Les employeurs qui engagent des personnes du même groupe ethnique qu’eux acquièrent une main-d’oeuvre fiable qui veut acquérir des compétences -- des qualités qui font baisser le coût total de la main-d’oeuvre et apportent une plus grande souplesse. Par conséquent, une économie ethnique en croissance crée un cercle vertueux: une entreprise fructueuse produit une structure de motivation distinctive, et engendre une orientation à l’échelle de la communauté vers la création de petites entreprises favorisant l’acquisition de compétences dans un cadre stable et généralement accepté.

Jusqu’ici, j’ai parlé presque exclusivement des immigrants peu spécialisés, et il est vrai que ce sont ces nouveaux arrivants qui ont traditionnellement dominé les mouvements de migration. Cependant, la circulation de personnes hautement spécialisées s’est accrue de par le monde. Ce type de mouvement ne se rattache pas nécessairement à l’"immigration ", qui implique l’établissement et finalement l’appartenance à la société d’accueil elle-même. Bien des migrants hautement spécialisés ne sont que de passage, et retournent dans leur pays d’origine après un bref séjour ou font un autre arrêt sur le circuit international. Cependant, du point de vue du nombre, leur importance s’accroît, et il est utile de comprendre comment et pourquoi l’intégration économique mondiale modifie la circulation de la main-d’oeuvre à l’échelle internationale.

Bien qu’un certain nombre de migrants hautement spécialisés soient de passage seulement, un grand nombre appartiennent à la catégorie de l’immigrant classique, soit à dessein, comme dans le cas des personnes qui vont dans des pays qui recrutent activement des immigrants hautement spécialisés, ou par défaut, lorsqu’un séjour se transforme en un établissement pour la vie. Plus de 160 000 ingénieurs étrangers sont des scientifiques qui, par exemple, ont immigré aux États-Unis à titre de résidents permanents entre 1966 et 1984, et les taux annuels d’immigration parmi les ingénieurs et les scientifiques semblent s’être accrus ces dernières années. On trouve encore en plus grand nombre les personnes d’origine étrangère dans la "chaîne de production ", les universités américaines accueillant un nombre sans cesse croissant d’étudiants étrangers : entre 1954-1955 et 1993-1994, par exemple, la population d’étudiants étrangers est passée de 34 232 à 449 749. Pour un grand nombre d’étudiants étrangers, en fait pour la plupart d’entre eux, un séjour dans les établissements d’enseignement supérieur des États-Unis est souvent le prélude à l’établissement en permanence dans ce pays. Une fois sur le campus, les étudiants étrangers établissent des rapports avec des citoyens et des employeurs américains, qui à leur tour leur donnent les moyens et les encouragements pour s’établir définitivement aux États-Unis.

Les professionnels immigrants sont donc devenus très présents dans certains secteurs d’activité aux États-Unis. Par exemple, en 1980, lorsque les immigrants atteignaient tout juste la barre des 7 p. 100 du nombre d’employés total, on comptait près d’un ingénieur sur dix qui était d’origine étrangère. Les citoyens étrangers représentaient, en 1982, 10 p. 100 de la totalité des nouveaux diplômés détenant un baccalauréat ou une maîtrise en sciences donnant accès à une carrière dans le secteur du génie aux États-Unis, et 36 p. 100 des nouveaux diplômés dans le domaine du génie et de l’informatique détenant un doctorat, proportion qui serait certainement supérieure si l’on tenait compte des citoyens naturalisés. Selon une enquête menée par la National Science Foundation en 1985 auprès de 305 entreprises, les citoyens étrangers et les citoyens américains naturalisés représentaient le cinquième de la main-d’oeuvre dans le secteur scientifique et le secteur du génie. Les tableaux du recensement de la population de 1990 indiquent que les Asiatiques, population en grande partie née à l’étranger, représentent 7 p. 100 de la totalité des ingénieurs, mais 14 p. 100 de ceux détenant une maîtrise et 22 p. 100 de ceux détenant un doctorat.

L’arrivée d’immigrants hautement spécialisés soulève une série de questions différentes, bien que pas complètement indépendantes, de celles que posent les migrants de la classe ouvrière. En gros, les immigrants hautement spécialisés ne menacent pas l’emploi en tant que tel, étant donné qu’ils se retrouvent dans une situation favorable par rapport aux tendances du marché du travail en transformation. La question la plus importante concerne plutôt l’exploitation entière du capital humain que représentent ces migrants hautement spécialisés. Il se peut que, malgré toute leur scolarité, leur formation soit en quelque sorte inappropriée par rapport aux exigences des employeurs de la société d’accueil. Ou peut-être que d’autres caractéristiques, comme la langue, la culture ou d’autres facteurs freinent leur avancement. Dans la mesure où les immigrants hautement spécialisés constituent également des groupes ethniques distinctifs, la discrimination à leur égard demeure une possibilité; on entend de plus en plus fréquemment des immigrants spécialisés affirmer qu’ils ne peuvent avancer dans leur carrière parce qu’ils se heurtent à un "plafonnement voilé ".

En fait, c’est ce qui se passe aux États-Unis. Aujourd’hui, le terme "plafonnement voilé "est un mot qu’on utilise pour désigner la préoccupation au sujet de l’intégration des professionnels immigrants, impliquant que les nouveaux arrivants scolarisés débutent dans des emplois avantageux, mais se retrouvent progressivement sur une voie professionnelle de deuxième ordre. Par exemple, dans son rapport de 1995, la Federal Glass Ceiling Commission décrivait la situation des Asiatiques et des habitants des Îles du Pacifique, une population en grande partie d’origine étrangère, comme un "plafonnement voilé impénétrable ". On pouvait lire dans un rapport de 1992 rédigé par la US Commission on Civil Rights. "la perception de la présence d’un "plafonnement voilé "empêchant la majeure partie des Américains d’origine asiatique d’atteindre les postes de gestion supérieure (particulièrement les postes de haute direction) pour lesquels ils étaient qualifiés était probablement le plus fréquemment exprimée par des Américains d’origine asiatique et par des groupes de revendication américains d’origine asiatique..." Bien qu’elle ait été incapable d’approfondir son étude de la question en raison de limites financières, la Commission était "convaincue que le problème du [plafonnement voilé] était sérieux et qu’il touchait à la fois les entreprises du secteur privé et les organismes gouvernementaux" .

Le scénario semble quelque peu différent pour les enfants des immigrants étant donné qu’il découle d’un ensemble de facteurs interdépendants sur les plans économique, social et psychologique. Bien qu’ils partagent en grande partie, quand ce n’est pas parfaitement, la culture de leur société d’accueil, les membres de la deuxième génération sont souvent visibles, interagissant avec une société principalement composée de Blancs qui n’est pas encore guérie des maux du racisme. Aux États-Unis, une opinion dominante veut que l’économie du passé basée sur le secteur manufacturier permettait à trois et même possiblement quatre générations de faire des pas modestes si bien que leurs descendants atteignaient des postes loin d’être au bas de l’échelle, postes auxquels leurs ancêtres avaient été confinés initialement. Comparativement, la segmentation des emplois qu’on connaît aujourd’hui a "fait diminuer les occasions d’une mobilité ascendante progressive vers des postes de cols bleus bien rémunérés." La viabilité décroissante des petites entreprises provoque une diminution des possibilités d’avancement qu’offraient les entreprises créées par la génération d’immigrants au fur et à mesure qu’elles prenaient de l’essor. Et la panne généralisée de la mobilité fait diminuer les chances de la succession ethnique: tandis que les descendants de la "nouvelle vague d’immigration "de la période de 1880-1920 ont pu progresser comme les descendants des vagues d’immigrants qui les avaient précédés avaient pu passer à des activités plus lucratives, les enfants d’immigrants qui entrent dans le monde adulte à l’aube du vingt et unième siècle ont peu de chances de connaître la même situation.

L’émergence de l’économie en forme de sablier semble mettre les enfants d’immigrants devant un choix cruel : acquérir les diplômes de niveau collégial ou de niveau supérieur nécessaires pour parvenir à l’élite professionnelle et l’élite de gestion, ou accepter les mêmes emplois serviles auxquels était limités la première génération. Cependant, cette dernière option est peu probable. Comme l’affirme Herbert Gans: "si on offre aux jeunes des emplois d’immigrants, ceux-ci ont de bonnes raisons de les refuser. Ils arrivent dans le monde du travail imprégnés des normes américaines et peuvent même ne pas connaître les conditions de leur pays d’origine d’après lesquelles les immigrants ... jugeaient le marché du travail urbain. Ils n’ont pas non plus les objectifs à long terme pour lesquels leurs parents ont accepté de travailler de longues heures à de faibles salaires; ils savent qu’ils ne peuvent être expulsés et qu’ils sont aux États-Unis pour y rester, et ils n’ont probablement pas à envoyer de l’argent à des parents restés au pays. De leur point de vue, les emplois d’immigrants sont humiliants; de plus, les emplois illégaux et les rackets peuvent rapporter plus et conférer une meilleure image sociale -- particulièrement lorsque la pression des pairs se fait également sentir."

Avec de telles réflexions, nous revenons à l’argument de l’inadéquation des compétences, quoique dans ce cas, l’inadéquation concerne les aspirations des enfants d’immigrants et les exigences des emplois qu’ils recherchent.
Bien qu’il soit plausible, ce scénario est trop grossier, ne tenant pas compte des différences entre les groupes ethniques au sein des pays et entre les pays. Les options s’offrant à la deuxième génération découlent généralement de la situation des parents, facteurs hautement variables. Ce sont probablement les enfants des travailleurs manuels peu spécialisés, particulièrement ceux qui sont déplacés par suite des restructurations industrielles, qui vont avoir le plus de problèmes. Aux États-Unis, par exemple, les Mexicains, le groupe d’immigrants le plus important, mais également le moins spécialisé, sont également le groupe d’enfants d’immigrants le plus nombreux. Mis à part les Mexicains, les membres de la deuxième génération d’aujourd’hui présentent peu de différences par rapport au reste de la population américaine pour ce qui est des caractéristiques socio-économiques, et à de nombreux égards, semblent être favorisés. Qui plus est, la demande décroissante de travailleurs peu scolarisés peut menacer les perspectives d’avancement de la deuxième génération; mais cela n’est pas nécessairement déterminant. Les descendants d’immigrants du passé ont changé leur attitude à l’égard des études ainsi que leur comportement en matière de fréquentation scolaire quand ils se sont rendu compte qu’une scolarité plus poussée pouvait être bénéfique et il n’y a aucune raison de penser que la deuxième génération d’aujourd’hui ne fera pas la même chose. En fait, les immigrants et les enfants d’immigrants représentent 41 p.100 des étudiants de première année inscrits à la City University of New York -- proportion dans laquelle les enfants d’immigrants sont sur-représentés d’un facteur de presque 50 dans le troisième système d’enseignement supérieur public en importance aux États-Unis. La situation de New York n’est pas unique : à l’échelle nationale, 74 p. 100 de la totalité des immigrants ayant l’âge de faire des études collégiales sont inscrits à des programmes d’études postsecondaires contre 65 p. 100 pour ce qui est des natifs des États-Unis; de la même façon, les taux de fréquentation scolaire chez les immigrants âgés de 18 à 21 ans sont supérieurs aux taux observés pour les natifs des États-Unis. La poursuite d’études supérieures est une perspective réaliste pour un grand nombre, précisément parce qu’une proportion importante d’immigrants ne commence pas au bas de l’échelle et une proportion aussi importante des descendants d’immigrants Cela ne veut pas dire que les gouvernements ne cherchent pas des emplois qui ne représentent que "des améliorations progressives "par rapport aux emplois peu spécialisés.

Implications politiques
Au moment de la rédaction de ce document, la politique en matière d’immigration aux États-Unis semble s’orienter vers deux voies. La première consisterait à restreindre l’arrivée de nouveaux arrivants, la réduction du nombre d’immigrants légaux étant au coeur des discussions et les mesures envisagées visant presque exclusivement à ne pas laisser entrer au pays ou à renvoyer chez eux les personnes d’origine étrangère qui entrent aux États-Unis illégalement, ou qui sont entrées légalement mais ont refusé de retourner chez eux au moment prévu. La deuxième consisterait en des mesures pour punir les immigrants déjà établis aux États-Unis, légalement ou illégalement, tant qu’ils sont incapables d’acquérir la citoyenneté américaine, principalement en leur enlevant leur admissibilité à la majeure partie des services publics d’assistance. Mais les politiques qui mettent l’accent sur la limitation et les sanctions sont plus ou moins pertinentes pour les questions soulevées ici. Il est certain que des mesures coercitives plus efficaces à la frontière permettraient de réduire le nombre d’immigrants très peu spécialisés qui ont été regroupés dans des marchés du travail hautement compétitifs dans lesquels ils trouvent des emplois sans avenir à des salaires très bas et qui vont en diminuant. Toutefois, même si l’on pouvait réduire à zéro les quelques 300 000 nouveaux arrivants illégaux par année -- ce qui semble assez improbable -- les États-Unis accueilleraient encore à peu près 800 000 nouveaux arrivants admis légalement. Si le passé est garant de l’avenir, ces nouveaux arrivants continueraient de se diriger vers les régions urbaines, et en particulier, vers les quelques grandes villes qui ont déjà absorbé une part démesurée d’immigrants. Comme je l’ai déjà souligné dans ce document, les économies des régions urbaines ont connu des changements qui vont entraver la mobilité des immigrants ayant des compétences inférieures à la moyenne. Pour l’instant, même les immigrants les moins spécialisés semblent trouver du travail; leur plus grande difficulté consiste à trouver du travail bien rémunéré. Et bien que cette situation ne soit pas satisfaisante, elle peut être suffisante, tant et aussi longtemps que les membres de la première génération ne se trouvent pas exclus du marché du travail et que leurs enfants réussissent à progresser de façon significative. Il est clair qu’une partie importante des membres de la seconde génération se rendent plus loin que leurs parents, mais pour continuer de progresser, ils vont devoir obtenir un diplôme d’études secondaires, et par la suite poursuivre leurs études au moins jusqu’au niveau post-secondaire. Dans une grande mesure, les problèmes auxquels font face les enfants d’immigrants ne diffèrent pas tellement de ceux de la population beaucoup plus importante d’enfants nés aux États-Unis de parents de la classe ouvrière : l’équation de l’offre et de la demande de travailleurs peu spécialisés est devenue très désavantageuse, ce qui rend les études supérieures essentielles. L’amélioration de la qualité des études secondaires et la facilitation de l’accès à des études supérieures vont être importantes pour toutes les familles de la classe ouvrière des États-Unis, y compris celles comptant des enfants ou des parents nés à l’étranger. Si les enfants d’immigrants réussissent à faire des études prolongées de qualité suffisante, la principale question par la suite sera de garantir qu’ils obtiennent un salaire égal pour les compétences qu’ils possèdent. Il s’agit, bien sûr, du problème soulevé par la controverse au sujet du "plafonnement voilé ". Les analystes et les personnes qui décèlent un "plafonnement voilé "concèdent que les immigrants ayant une grande spécialisation s’en sortent bien, pour ensuite prétendre que ces immigrants plus scolarisés ne s’en sortent pas aussi bien qu’ils le devraient. On ne sait pas très bien quelles sont les attentes normatives qui sous-tendent ce "devraient ": Est-il raisonnable de s’attendre à ce que les étrangers -- comparativement à leurs enfants -- rattrapent un jour les natifs du pays ayant des études comparables? Peut-être pas, mais il serait probablement mieux que l’écart rétrécisse au lieu d’aller en s’élargissant. Étant donné l’apport de l’immigration à l’accroissement de la diversité, il n’est pas sûr que des politiques visant à favoriser certains groupes seraient bénéfiques -- particulièrement parce que les mesures d’action positive accordent maintenant aux personnes étrangères un droit que n’ont pas actuellement les citoyens nés aux États-Unis et appartenant à une classe défavorisée, mais non en raison de leur origine ethnique. Il vaudrait mieux chercher à empêcher les groupes majoritaires d’utiliser le caractère ethnique comme une arme contre les majorités ethniques. Il faut des mesures politiques et légales contre la discrimination : cela permettrait au moins aux immigrants et à leurs descendants de jouer le jeu sur un pied d’égalité. Comme je l’ai mentionné, certains immigrants peu spécialisés font leur chemin dans le domaine des affaires. Les efforts du gouvernement pour favoriser le développement de l’entreprise parmi les minorités ethniques a suscité beaucoup d’intérêt; mais comme je l’ai affirmé ailleurs, les gouvernements ne semblent pas disposer des ressources ou de la prévoyance nécessaires pour déceler les gagnants et les perdants parmi les petites entreprises concurrentes. Des politiques efficaces pourraient être élaborées dans deux directions : 1) bâtir une infrastructure favorisant la création de petites entreprises en général; et 2) adopter et appliquer des politiques systémiques de chances économiques égales pour les minorités ethniques et raciales.

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