Quels sont les défits et les possibilités
des sociétés
Sergio Marchi
Ministre de lEnvironnement, Canada
Bonjour.
Je suis très heureux dêtre parmi vous
aujourdhui alors que commence ce congrès historique dont
les travaux pourraient marquer notre avenir à tous.
Vous savez, peu de temps avant mon départ pour Milan, avant que
je ne revienne ici sur la terre de mes ancêtres, jai
emmené mes enfants se promener à pied dans les Laurentides, au
Canada, pour admirer les couleurs des feuilles à lautomne.
Le vert de lété avait commencé à disparaître, laissant
la place aux jaunes et aux rouges éclatants de lautomne,
semant sur les collines une myriade de teintes.
Mais ce jour dautomne canadien, les grands troupeaux
doies qui se rassemblaient pour la migration automnale ont
retenu mon attention. Nous avons salué de la main ces grandes
voyageuses du ciel et je savais quau cours de leur
migration vers le sud, elles survoleraient dimmenses
villes, elles essuieraient les tempêtes et les tirs des
chasseurs, elles glisseraient dun coup daile
au-dessus des postes frontières et des contrôles.
Jai mentionné à mes enfants quelles partaient juste
avant que narrivent la première neige et les premiers
froids parce qualors cet environnement ne pourrait plus les
nourrir.
Des générations et des générations dItaliens ont dû
agir comme ces oies sauvages et quitter un environnement qui
nassurait plus ou ne pouvait plus assurer leur subsistance.
Mes parents ont été portés par cette grande vague de
migration, et cest cette perspective que jaimerais
partager avec vous aujourdhui. Je suis Canadien. Un
Canadien dadoption.
Jaimerais vous donner mon point de vue sur les désirs, les
besoins, les peines et avant tout la joie. Mais je vous apporte
aussi la perspective dun ministre du gouvernement du Canada
-- une nation qui sest bâtie et développée en grande
partie grâce à limmigration.
Ces deux perspectives peuvent vous intéresser, tant ici à la
conférence Metropolis quen Italie où sinstalle le
processus de transformation par lequel une nation productrice
dimmigrants devient une nation qui en accueille.
LItalie ferme une grande boucle historique.
Émigrer peut entraîner une solitude incroyable mais peut aussi
être la source de bonheur extraordinaire et de succès
inimaginable.
Les immigrants connaissent trop bien les sacrifices
quimplique lémigration.
Il est difficile doublier lappel angoissé qui nous
téléphone du "pays" tard le soir. On ne peut plus
descendre la rue du village pour aller le réconforter; à
présent, trois aéroports et plusieurs fuseaux horaires nous
séparent de sa maison.
Émigrer peut être un saut solitaire dans la noirceur de
linconnu.
Ceci est le point de vue dun immigrant.
Mais, en tant que citoyen canadien, je vous inviterais à
analyser les leçons que le Canada a tirées au fil des ans et à
prendre note de ce qui a été positif pour nous et de ce qui a
été la cause de problèmes et de douleurs.
Il ny a pas de raison pour quen matière
dimmigration, lélaboration de politiques doive être
une expérience où lon apprend au fur et à mesure.
Il nous faut partager les informations et les connaissances; nous
devons aussi nous définir nos buts communs.
Cest pourquoi le gouvernement du Canada appuie avec tant
denthousiasme le projet Metropolis.
Toutes les personnes qui ont travaillé dur à faire de ce projet
et de cette conférence un tel succés devraient être
félicitées.
Notre travail et les recherches qui en découlent nous donneront
des outils importants dont nous aurons besoin pour nous attaquer
aux défis qui nous attendent.
Nous répondrons à des questions troublantes et, ce qui se
révélera peut-être tout aussi important, nous ferons ressortir
certaines questions qui nont encore jamais été posées.
Il y a selon moi, trois quasi-vérités définissant
lémigration de par le monde.
- Il est clair que lémigration ne
commence que rarement comme une démarche positive.
- Il est clair que lémigration est
devenue un mouvement touchant exclusivement les zones
urbaines.
- Et il est encore plus clair que
lémigration est un phénomène international qui
attend désespérément des solutions internationales.
Le facteur de désespoir de lémigration
est trop souvent illustré par ces enfants affamés et ces
parents fuyant la guerre que lon voit sur nos écrans de
télévision.
Sur près de 125 millions dêtres humains actuellement en
migration de par le monde, environ 27 millions sont considérés
comme des réfugiés.
Ce qui signifie quil y a autant de réfugiés dans le monde
que dhabitants au Canada.
Nombreuses sont les raisons qui alimentent ce désir
démigrer. On sen va parce quil le faut, parce
quon poursuit ce rêve dune vie meilleure pour sa
famille ou, simplement, pour trouver quelques aliments pour se
nourrir.
Dans trop dendroits de par le monde, les gens sont
brutalisés simplement du fait de lidentité de leurs
parents, ou du fait de leur appartenance religieuse.
Ma deuxième évidence repose sur lune des raisons
principales de notre rencontre: les villes qui constituent les
destinations principales de la majorité des immigrants.
Nous sommes tous et toutes trop conscients de ce que la migration
constitue un phénomène avant tout urbain. Les émigrants se
pressent vers Toronto, Sydney, Washington, Milan.
Au Canada, presque 30 p. 100 de tous les immigrants
sinstallent à Toronto, tandis que Vancouver en reçoit 18
p. 100 et Montréal 10 p. 100. Ces trois villes accueillent à
elles seules presque 60 p. 100 de toute la population
dimmigrants du pays.
Des statistiques comparables sappliquent aux autres pays et
cela est logique car les villes sont les zones principales de
commerce.
Conséquence de cette concentration dimmigrants, le visage
des villes du monde change du tout au tout. Cela se voit vraiment
dans les villes de mon pays. Les Nations Unies ont par exemple
reconnu récemment que Toronto était, dun point de vue
ethnique, la ville la plus diversifiée du monde.
Larrivée de nouvelles personnes, de nouvelles idées et de
nouvelles cultures a eu un effet général positif sur les villes
canadiennes.
Toronto est devenu un centre international pour les affaires,
leducation et les arts. On y retrouve plus de 2000
restaurants de gastronomie internationale et la ville a été
nommée récemment par un magazine américain comme la première
ville du monde où habiter et travailler.
Le Sud de la Colombie-Britannique connaît actuelliement une
renaissance économique grâce aux capitaux importants que les
immigrants asiatiques apportent dans la région. Quand vous
regardez le paysage urbain de Vancouver, le simple nombre de
grues de construction au travail est saisissant.
Mais bien sùr, les pressions urbaines ne sont pas toutes
positives. Lempreinte des grandes cités du monde sur
lenvironnement est souvent plus profonde et plus brutale
que celle, plus légère, de nos bourgs et villages.
Le temps est peut-être venu pour que la politique
dimmigration joue le rôle de brigadier de circulation, se
servant dincitations plutôt que de sifflets et de
gyrophares, pour diriger les nouveaux venus loin des centres
dintense pression urbaine.
La dernière évidence se rapporte aux aspects internationaux de
lémigration et doit être soulìgnée encore et encore à
nos gouvernements respectifs.
Il est bien loin le temps où un pays pouvait prétendre se
lancer seul dans les affaires internationales. Vous ne pouvez
plus prétendre que ce qui se passe dans les coins reculés du
monde ne vous concerne pas. Cela vous concerne.
Dans les années 1920, un diplomate canadien à la Ligue des
nations avait avancé que le Canada était une «maison à
lépreuve du feu, loin de tout matériel inflammable».
Il discourait contre la participation du Canada aux affaires
européennes. Selon lui, ce qui se passait à Paris ou Berlin
était sans conséquence pour Québec ou Ottawa.
Les événements des années 1930 et 1940 ont montré combien
cela était faux. Le fait quaujourdhui le Canada ait
des soldats de la paix ici et là de par la planète, souligne
simplement que notre monde est plutôt une grande tente, pas du
tout ininflammable.
Regardons seulement les flammes de la Bosnie et le fil barbelé
de Chypre pour obtenir confirmation.
Les voyages qui prenaient autrefois des semaines ne prennent plus
aujourdhui que quelques jours et ceux qui duraient des
jours se font en quelques heures.
Cette situation a engendré des possibilités incroyables dont
nous bénéficions tous, mais elle a aussi posé des défis
extraordinaires.
La migration massive de gens est lun des problèmes ls plus
épineux auquel est confrontée la communauté internationale
aujourdhui. Et ce problème aura des conséquences vastes
et profondes sur les politiques publiques pour plusieurs
générations.
Tous les pays industrialisés sentent la pression de ce vaste
mouvement dêtres humains. LEurope de lOuest
est actuellement un centre premier dimmigration à
léchelle mondiale. Plusieurs pays européens dont
lAllemagne, reçoivent actuellement plus dimmigrants
légaux et illégaux que le flot combiné dimmigrants à
destination du Canada et de lAustralie, qui sont
historiquement deux pays dimmigration.
LEurope de lOuest joue un double rôle: elle attire
les émigrants tout en servant de zone de transit pour les
migrations illégales vers lAmérique du Nord.
Il est clair que ces tendances continueront à se renforcer au
cours de la prochaine décennie. On assiste à une augmentation
plutôt quà une décroissance des pressions
démigration provenant de sources du Tiers-Monde tant
nouvelles que plus anciennes.
La croissance de la population se poursuit sans ralentir dans de
nombreuses parties du monde en développement. On sattend
par exemple à ce que la population du seul Nigeria dépasse au
cours des 30 prochaines années celles de lEurope de
lOuest et du Nord combinées.
Permettez-moi de souligner cela de nouveau: aucun de nous ne peut
plus se permettre le luxe de formuler des politiques
dimmigration indépendantes et efficaces.
Lenvironnement sociopolitique change trop vite.
Cest ensemble que nous devons prévoir les problèmes du
futur et nous y préparer avec des politiques et des approches
qui simbriquent étroitement les unes dans les autres.
Il faut que les pays du monde se tiennent la main dans ce dossier
car souvent les émigrés poussés par lénergie du
désespoir sont prêts à prendre tous les risques.
Ils peuvent se dissimuler dans des conditions ignobles dans des
bateaux citernes et se cacher dans des conteneurs de fret. Ils
risquent leur vie et trop souvent, le risque finit en tragédie.
Les trafiquants qui font commerce de rêves brisés et
dâmes perdues, se nourrissent du désespoir de cette vague
humaine tels de vrais charognards.
Nous ne pouvons plus permettre que ce manque de contrôle
continue.
Nous ne devrions jamais permettre à quelques criminels de
déformer la vision du monde dune majorité
dhonnêtes gens.
Notre monde et ses babitants sont en mouvement comme un fleuve
puissant, grossi par les crues. Les barrages ne larretent
pas et les digues fuient. Des ponts bien ancrés pourraient
toutefois fournir la réponse recherchée.
Voilà presque deux cents ans que le Canada construit des
ponts pour les nouveaux arrivés.
Au Canada, lhistoire nous a appris ce qui fonctionne
quand il sagit dimmigration et, peut-être même plus
important pour vos discussions, ce qui ne fonctionne pas. Pour
nous, ce fut un processus de tentatives et déducation qui
se poursuit encore aujourdhui.
Au coeur de lexpérience canadienne en matière
dimmigration, on retrouve quatre thémes centraux:
- lintégration,
- les emplois et les possibilités
économiques,
- les inquiétudes culturelles et
- lexpression politique.
Lintégration
Nous avons appris quaccueillir les
nouveaux venus dans une communauté avec une simple poignée de
mains et quelques mots gentils constitue une recette de
marginalisation, de désunion, de coûts sociaux et de chômage.
Cela ne fonctionne pas bien.
Au contraire, nous savons quen investissant au début du
processus les épargnes sont quasiment incalculables tant sur le
plan de la santé, de la stabilité émotionnelle que sur celui
de la productivité et du travail.
Quand mon père a amené notre famille au Canada, les cours de
langue nétaient pas offerts et je peux vous dire que de
tels cours auraient grandement facilité sa transition dans
lusinage et loutillage.
Le Canada dépense environ 250 million $ chaque année en
intégration précoce des immigrants et même cela nest pas
suffisant. Ceci comprend la formation en domaines aussi
importants que la langue, laide à lemploi et une
orientation de base à la nouvelle communauté.
Nos programmes daccueil ne devraient pas se voir comme une
distribution gratuite mais plutôt comme une assistance
aux nouveaux arrivés.
La politique finale dintégration est une politique
progressive de citoyenneté. Les nouveaux arrivés au Canada
peuvent devenir citoyens dans les trois ans, une période
beaucoup plus courte que dans de nombreux pays européens. Il
ny a pas si longtemps, le Canada imposait une période
dattente de cinq ans, mais nous en sommes arrivés à la
conclusion quune période plus courte était plus
avantageuse pour tous.
Plus de 85 p. 100 de nos nouveaux arrivés deviennent des
citoyens, ce qui les aide très vite à devenir des membres
actifs et constructifs de la société canadienne.
Sil y a un avis que je peux offrir dans ce domaine, ce
serait celui de pousser toujours davantage dans la direction
dune entière participation à la société.
Ce faisant, vous évitez de faire du nouvel arrivant ce satellite
sur orbite qui restera toujours en marge de votre société.
Limmigrant et le pays hôte profitent tous deux de manière
incalculable dun tel systéme qui permet déviter la
stratification et de faire du nouvel arrivant un étranger. Si
elle ne fait pas cela, une nation court le risque de laisser
libre cours à des forces sociales négatives.
Lemploi et les possibilités
économiques
Nous savons que les craintes économiques de
limmigrant face à la nouvelle vie quil entame
correspondent souvent aux craintes des natifs du pays hôte qui
ont peur de perdre leur emploi au profit des nouveaux arrivants.
Si lon napaise ni les mythes ni les craintes, ils
peuvent engendrer un mélange explosif de racisme, de colère
très ciblée et un malaise économique.
Nous luttons de toutes nos forces pour que la réalité remplace
le mythe.
Les gens daffaires immigrant au Canada, par exemple, ont
investi environ 2 milliards $ dans mon pays lan dernier.
Cette classe dimmigrants indépendants et doués
dhabiletés ont permis au Canada de remplir rapidement des
postes requérant des habiletés particulières dans le cadre de
la nouvelle économie. Sans ces immigrants dotés des habiletés
et des aptitudes requises, ces postes seraient restés vacants.
Je peux vous citer un exemple classique dimmigration et
détablissement positifs au Canada, celui de milliers et de
milliers de «Boat people» vietnamiens, arrivés chez nous avec
seulement la chemise quils avaient sur le dos.
Ils ont bravé les océans et les pirates --une violence et une
peur que lon ne peut quimaginer pour échouer dans
une contrée dont le climat navait rien a voir avec celui
du pays quils avaient laissé derrière eux.
Ont-ils survécu? Que oui! Ils ont non
seulement survécu, mais ils ont prospéré. Ce faisant, ils ont
aidé leur pays dadoption à prospérer aussi. Une étude
(indépendante du gouvernement) embrassant 10 années de la vie
de 1500 personnes montre que ces immigrants sont moins
dépendants vis-à-vis de lassistance sociale, quils
créent plus demplois et plus dentreprises quun
groupe comparable de Canadiens dorigine. Un de ces
immigrants sur quatre est actuellement propriétaire dune
entreprise et neuf sur dix sont devenus citoyens canadiens.
Il est clair quen sélectionnant les immigrants qui
correspondent à nos besoins économiques en expansion, nous
trouvons que le plus souvent ils gagnent davantage dargent
et paient davantage dimpôts que le citoyen moyen qui est
né au Canada.
Il faut que la politique dimmigration soit souple et
consciente des habiletés et des outils nécessaires pour
permettre une arrivée réussie dans le nouveau pays et la
nouvelle économie.
Nos politiques canadiennes dimmigration ont changé quand
nous avons pris en compte léconomie mondiale, notre
marché national en changement ainsi que les habiletés
linguistiques et les expériences des personnes.
Les nouveaux venus viennent au Canada en empruntant nombre de
chemins légaux: les visas étudiants, la catégorie de la
famille, les immigrants indépendants, les immigrants
daffaires, les réfugiés et les visiteurs.
Par exemple, les données les plus récentes que jai pu
voir indiquent que la catégorie dimmigrants
daffaires au Canada a augmenté de 15 p. 100 au Canada. Ces
gens nous apportent une connaissance du commerce international
qui nous ouvre tout de suite sur le monde par le biais des
coutumes, de la langue et de la géographie. Il y a actuellement
des gens daffaires canadiens de descendance italienne qui
sillonnent lItalie. Ils connaissent bien vos coutumes et
font des affaires dans votre langue. Ils signent des contrats qui
se traduiront en profits économiques pour nos deux pays. En
même temps, cela nous aide à être plus concurrentiels.
Quoi quen disent quelques méchants faiseurs de mythes qui
voudraient retourner à une mentalité du 19^ siècle, les
immigrants ont démontré tout au long de lhistoire
canadienne quils créent des emplois, comblent des postes
qui demeureraient vacants, stimulent la consommation et apportent
de la richesse à notre économie.
Des inquiétudes culturelles
Le défi du manque de sécurité culturelle de
la part des nations hôtes peut vite dégénérer en attitudes
dangereuses. En fait, ces attitudes peuvent être plus
menaçantes et plus nocives à long terme, que les inquiétudes
économiques classiques auxquelles le nouvel arrivant sest
heurté. Si elles sont laissées à elles-mêmes sans réponse,
ces inquiétudes culturelles peuvent affecter notre monde
économique, nos événements sportifs et même la façon dont
les enfants jouent dans la cour d école!
Les immigrants ne sont plus «comme nous», pas plus quils
ne mangent la même cuisine ou croient dans le même Dieu.
Quand jétais ministre de limmigration, je
rencontrais souvent des gens qui me demandaient à propos de
récents arrivés. «Sont-ils des Canadiens?» Dune
manière parallèle, le récent débat dans ce pays à propos du
choix dune nouvelle Miss Italie sest fait
lécho de questions et de débats que nous entendons au
Canada.
Les gens veulent savoir qui est la majorité et qui est la
minorité.
Il faut que lon apaise cette peur de linconnu, cette
crainte de ce qui est différent, cette inquiétude qui essaie
dériger des murs autour de ceux qui ont une langue, une
façon de shabiller, des coutumes ou une religion
différentes. Il faut que lon sen préoccupe dans nos
villes, dans nos villages, nos bourgs, nos pays et notre monde.
Je suis absolument convaincu que le
multiculturalisme constitue une réponse à ces doutes, ces
craintes, ces inquiétudes. Cest pourquoi le Canada a
travaillé darrache-pied à construire une société
multiculturelle fondée sur la tolérance et le respect mutuel.
Il va sans dire que toute politique de ce
genre, surtout quand elle exige un changement dans les façons de
penser, prête le flanc à la critique.
Bien sûr, aux adversaires du multiculturalisme, il faut poser
les questions suivantes: "Où serions-nous aujourdhui
sans une telle politique de multiculturalisme?" "Où en
serions-nous sur le plan des relations raciales, des affaires à
mener autour de la Terre?"
Je pense que la réponse est évidente.
Mais malgré les critiques, malgré les inquiétudes, le Canada
accepte beaucoup mieux le multiculturalisme. Nos sondages
gouvernementaux montrent que la plupart des Canadiens (72 p. 100)
sont davis que le multiculturalisme enrichit le Canada,
tandis que plus de 60 p. 100 pensent que les politiques
multiculturelles assistent le commerce et les échanges
internationaux.
Le dernier recensement canadien indique que 150 langues sont
parlées dans notre pays.
Nous avons trouvé que de nouvelles cultures apportent de
nouvelles perspectives, de nouvelles idées ainsi quun
dynamisme très neuf à notre pays.
Les Canadiens et les Canadiennes comprennent bien que le
multiculturalisme dépasse de loin les chants et les danses
exotiques. Sa base même est la tolérance et la compréhension
mutuelle.
Cette politique fait partie de notre
gouvernement national depuis 1971 et elle est devenue une partie
vivante, normale de notre vie nationale. Tant et si bien que le
multiculturalisme est maintenant la politique officielle de
nombreux gouvernements provinciaux et municipaux.
Le Canada est maintenant un magnifique dépôt de cultures. Ces
richesses détiennent la clef dobjectifs de politique
étrangère et constituent un avantage fondamental alors que nous
pénétrons de nouveaux marchés et formons de nouvelles
allìances commerciales.
Le multiculturalisme ouvre des portes, cest sûr. Après
tout, je suis moi-même un ministre canadien, né en Argentine de
parents italiens et capable de parler aux Italiens dans leur
langue maternelle.
À lheure même où nous nous parlons, il y a
aujourdhui en Europe des Canadiens dorigine hongroise
et dorigine polonaise, canadiens depuis deux ou trois
générations, en train de brasser des affaires, principalement
parce quils parlent une langue qui nest ni lune
ni lautre de nos deux langues officielles et quils
comprennent une culture qui nest pas canadienne. Les
transactions économiques auxquelles ils se livrent
aujourdhui porteront profit aux deux pays, et ces
transactions ont été nourries par la foi du Canada dans le
multiculturalisme.
Pour moi, il est clair que le multiculturalisme est lavenir
et cest une politique dans laquelle nous devons investir
encore davantage. Cest une politique qui se marie très
bien avec une politique dimmigration.
Mais plus encore, beaucoup plus encore, il sagit dun
lien avec notre monde. Et je nai certainement pas à vous
souligner que notre monde nest plus une palette
dendroits exotiques et éloignés. Notre monde se
rétrécit dheure en heure. On doit aussi dire que
comparativement à ce monde qui se rapetisse, les pays qui
encouragent et nourrissent le multiculturalisme prennent de
limportance.
Le multiculturalisme peut rapporter des dividendes incroyables à
tout un chacun: la paix, la compréhension, le respect mutuel.
Lexpression politique
Aujourdhui, on peut qualifier la Chambre
des Communes du Canada de multiculturelle. De mon siège, je peux
parler à des députés dont les racines plongent en Asie, aux
Caraïbes, en Europe et en Amérique du Sud. Chacun deux
est un ardent défenseur de la démocratie canadienne.
Il nen a pas toujours été ainsi, bien sûr. La
composition de la Chambre des Communes était traditionnellement
un partage entre les députés dorigine française et
dorigine anglaise.
Ce nest plus le cas. De même que notre
monde a changé, notre pays a changé et nous avons changé nous
aussi. En ce moment, le plus grand groupe de députés après les
gens dorigine anglaise et française sont les députés
dorigine italienne. Ceux et celles dentre nous dont
les ancêtres sont venus de la région méditerranéenne forment
un élément vital -- et ceci vous surprendra peut-être
--turbulent et argumentateur du processus démocratique canadien.
Traditionnellement, la politique est le fruit de larbre le
plus difficile à cueillir pour les immigrants. Mais, selon moi,
ce fruit est essentiel au succès des immigrants, de même
quil est un investissement dans lavenir de la nation.
Il est compréhensible que participer au système politique ne
figure habituellement pas très haut sur la liste des objectifs
à atteindre dressée par limmigrant. Il a dautres
problèmes plus immédiats: le gîte, la nourriture,
léducation de sa famille.
Mais après que ces éléments essentiels sont satisfaits,
cest par lexpression politique (travailler pour un
candidat, devenir un candidat) quun immigrant peut indiquer
quil est bel et bien arrivé. Pourquoi? Parce quil
fait maintenant partie du système et quil participe à son
fonctionnement.
Bien sûr, pour le nouveau venu, être élu peut entrâiner son
propre lot de problèmes. La bataille nest certainement pas
finie.
Le succès politique du nouveau venu peut ainsi marginaliser ce
dernier Je me souviens avoir parlé à un électeur durant la
dernière élection qui voulait voter pour mon parti mais ne
pouvait se résoudre à voter pour moi.
"Vous ne représenterez que les Italiens" me dit-il.
Vous voyez quon peut être aussi marginalisé en politique.
Au fait, cet homme a voté pour moi, du moins je le pense, mais
seulement après lui avoir calmement mais longuement expliqué
que mon but était de représenter tout les gens du comté: la
communauté asiatique, la communauté anglaise, la communauté
africaine et le quartier italien. Un politicien immigrant ou la
communauté quil représente ne veulent absolument pas
devenir les ethniques de service. Ce politicien ne peut permettre
au parti politique de ne lenvoyer quaux défilés des
communautés ethniques, dans les cafés italiens ou les centres
culturels. La politique nest pas le bon endroit pour
entraîner un joueur de "série B". Les nouveaux venus
doivent se hisser au premier rang. Ils doivent être des joueurs
de "série A". Ce nest qualors que le pays
sera vu comme jouant dans les ligues majeures.