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Quels sont les défits et les possibilités des sociétés
Sergio Marchi
Ministre de l’Environnement, Canada

Bonjour.

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui alors que commence ce congrès historique dont les travaux pourraient marquer notre avenir à tous.
Vous savez, peu de temps avant mon départ pour Milan, avant que je ne revienne ici sur la terre de mes ancêtres, j’ai emmené mes enfants se promener à pied dans les Laurentides, au Canada, pour admirer les couleurs des feuilles à l’automne. Le vert de l’été avait commencé à disparaître, laissant la place aux jaunes et aux rouges éclatants de l’automne, semant sur les collines une myriade de teintes.
Mais ce jour d’automne canadien, les grands troupeaux d’oies qui se rassemblaient pour la migration automnale ont retenu mon attention. Nous avons salué de la main ces grandes voyageuses du ciel et je savais qu’au cours de leur migration vers le sud, elles survoleraient d’immenses villes, elles essuieraient les tempêtes et les tirs des chasseurs, elles glisseraient d’un coup d’aile au-dessus des postes frontières et des contrôles.
J’ai mentionné à mes enfants qu’elles partaient juste avant que n’arrivent la première neige et les premiers froids parce qu’alors cet environnement ne pourrait plus les nourrir.
Des générations et des générations d’Italiens ont dû agir comme ces oies sauvages et quitter un environnement qui n’assurait plus ou ne pouvait plus assurer leur subsistance.
Mes parents ont été portés par cette grande vague de migration, et c’est cette perspective que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui. Je suis Canadien. Un Canadien d’adoption.
J’aimerais vous donner mon point de vue sur les désirs, les besoins, les peines et avant tout la joie. Mais je vous apporte aussi la perspective d’un ministre du gouvernement du Canada -- une nation qui s’est bâtie et développée en grande partie grâce à l’immigration.
Ces deux perspectives peuvent vous intéresser, tant ici à la conférence Metropolis qu’en Italie où s’installe le processus de transformation par lequel une nation productrice d’immigrants devient une nation qui en accueille. L’Italie ferme une grande boucle historique.
Émigrer peut entraîner une solitude incroyable mais peut aussi être la source de bonheur extraordinaire et de succès inimaginable.
Les immigrants connaissent trop bien les sacrifices qu’implique l’émigration.
Il est difficile d’oublier l’appel angoissé qui nous téléphone du "pays" tard le soir. On ne peut plus descendre la rue du village pour aller le réconforter; à présent, trois aéroports et plusieurs fuseaux horaires nous séparent de sa maison.
Émigrer peut être un saut solitaire dans la noirceur de l’inconnu.
Ceci est le point de vue d’un immigrant.
Mais, en tant que citoyen canadien, je vous inviterais à analyser les leçons que le Canada a tirées au fil des ans et à prendre note de ce qui a été positif pour nous et de ce qui a été la cause de problèmes et de douleurs.
Il n’y a pas de raison pour qu’en matière d’immigration, l’élaboration de politiques doive être une expérience où l’on apprend au fur et à mesure.
Il nous faut partager les informations et les connaissances; nous devons aussi nous définir nos buts communs.
C’est pourquoi le gouvernement du Canada appuie avec tant d’enthousiasme le projet Metropolis.
Toutes les personnes qui ont travaillé dur à faire de ce projet et de cette conférence un tel succés devraient être félicitées.
Notre travail et les recherches qui en découlent nous donneront des outils importants dont nous aurons besoin pour nous attaquer aux défis qui nous attendent.
Nous répondrons à des questions troublantes et, ce qui se révélera peut-être tout aussi important, nous ferons ressortir certaines questions qui n’ont encore jamais été posées.
Il y a selon moi, trois quasi-vérités définissant l’émigration de par le monde.

  • Il est clair que l’émigration ne commence que rarement comme une démarche positive.

     

  • Il est clair que l’émigration est devenue un mouvement touchant exclusivement les zones urbaines.
  • Et il est encore plus clair que l’émigration est un phénomène international qui attend désespérément des solutions internationales.

Le facteur de désespoir de l’émigration est trop souvent illustré par ces enfants affamés et ces parents fuyant la guerre que l’on voit sur nos écrans de télévision.
Sur près de 125 millions d’êtres humains actuellement en migration de par le monde, environ 27 millions sont considérés comme des réfugiés.
Ce qui signifie qu’il y a autant de réfugiés dans le monde que d’habitants au Canada.
Nombreuses sont les raisons qui alimentent ce désir d’émigrer. On s’en va parce qu’il le faut, parce qu’on poursuit ce rêve d’une vie meilleure pour sa famille ou, simplement, pour trouver quelques aliments pour se nourrir.
Dans trop d’endroits de par le monde, les gens sont brutalisés simplement du fait de l’identité de leurs parents, ou du fait de leur appartenance religieuse.
Ma deuxième évidence repose sur l’une des raisons principales de notre rencontre: les villes qui constituent les destinations principales de la majorité des immigrants.
Nous sommes tous et toutes trop conscients de ce que la migration constitue un phénomène avant tout urbain. Les émigrants se pressent vers Toronto, Sydney, Washington, Milan.
Au Canada, presque 30 p. 100 de tous les immigrants s’installent à Toronto, tandis que Vancouver en reçoit 18 p. 100 et Montréal 10 p. 100. Ces trois villes accueillent à elles seules presque 60 p. 100 de toute la population d’immigrants du pays.
Des statistiques comparables s’appliquent aux autres pays et cela est logique car les villes sont les zones principales de commerce.
Conséquence de cette concentration d’immigrants, le visage des villes du monde change du tout au tout. Cela se voit vraiment dans les villes de mon pays. Les Nations Unies ont par exemple reconnu récemment que Toronto était, d’un point de vue ethnique, la ville la plus diversifiée du monde.
L’arrivée de nouvelles personnes, de nouvelles idées et de nouvelles cultures a eu un effet général positif sur les villes canadiennes.
Toronto est devenu un centre international pour les affaires, l’education et les arts. On y retrouve plus de 2000 restaurants de gastronomie internationale et la ville a été nommée récemment par un magazine américain comme la première ville du monde où habiter et travailler.
Le Sud de la Colombie-Britannique connaît actuelliement une renaissance économique grâce aux capitaux importants que les immigrants asiatiques apportent dans la région. Quand vous regardez le paysage urbain de Vancouver, le simple nombre de grues de construction au travail est saisissant.
Mais bien sùr, les pressions urbaines ne sont pas toutes positives. L’empreinte des grandes cités du monde sur l’environnement est souvent plus profonde et plus brutale que celle, plus légère, de nos bourgs et villages.
Le temps est peut-être venu pour que la politique d’immigration joue le rôle de brigadier de circulation, se servant d’incitations plutôt que de sifflets et de gyrophares, pour diriger les nouveaux venus loin des centres d’intense pression urbaine.
La dernière évidence se rapporte aux aspects internationaux de l’émigration et doit être soulìgnée encore et encore à nos gouvernements respectifs.
Il est bien loin le temps où un pays pouvait prétendre se lancer seul dans les affaires internationales. Vous ne pouvez plus prétendre que ce qui se passe dans les coins reculés du monde ne vous concerne pas. Cela vous concerne.
Dans les années 1920, un diplomate canadien à la Ligue des nations avait avancé que le Canada était une «maison à l’épreuve du feu, loin de tout matériel inflammable».
Il discourait contre la participation du Canada aux affaires européennes. Selon lui, ce qui se passait à Paris ou Berlin était sans conséquence pour Québec ou Ottawa.
Les événements des années 1930 et 1940 ont montré combien cela était faux. Le fait qu’aujourd’hui le Canada ait des soldats de la paix ici et là de par la planète, souligne simplement que notre monde est plutôt une grande tente, pas du tout ininflammable.
Regardons seulement les flammes de la Bosnie et le fil barbelé de Chypre pour obtenir confirmation.
Les voyages qui prenaient autrefois des semaines ne prennent plus aujourd’hui que quelques jours et ceux qui duraient des jours se font en quelques heures.
Cette situation a engendré des possibilités incroyables dont nous bénéficions tous, mais elle a aussi posé des défis extraordinaires.
La migration massive de gens est l’un des problèmes ls plus épineux auquel est confrontée la communauté internationale aujourd’hui. Et ce problème aura des conséquences vastes et profondes sur les politiques publiques pour plusieurs générations.
Tous les pays industrialisés sentent la pression de ce vaste mouvement d’êtres humains. L’Europe de l’Ouest est actuellement un centre premier d’immigration à l’échelle mondiale. Plusieurs pays européens dont l’Allemagne, reçoivent actuellement plus d’immigrants légaux et illégaux que le flot combiné d’immigrants à destination du Canada et de l’Australie, qui sont historiquement deux pays d’immigration.
L’Europe de l’Ouest joue un double rôle: elle attire les émigrants tout en servant de zone de transit pour les migrations illégales vers l’Amérique du Nord.
Il est clair que ces tendances continueront à se renforcer au cours de la prochaine décennie. On assiste à une augmentation plutôt qu’à une décroissance des pressions d’émigration provenant de sources du Tiers-Monde tant nouvelles que plus anciennes.
La croissance de la population se poursuit sans ralentir dans de nombreuses parties du monde en développement. On s’attend par exemple à ce que la population du seul Nigeria dépasse au cours des 30 prochaines années celles de l’Europe de l’Ouest et du Nord combinées.
Permettez-moi de souligner cela de nouveau: aucun de nous ne peut plus se permettre le luxe de formuler des politiques d’immigration indépendantes et efficaces. L’environnement sociopolitique change trop vite.
C’est ensemble que nous devons prévoir les problèmes du futur et nous y préparer avec des politiques et des approches qui s’imbriquent étroitement les unes dans les autres.
Il faut que les pays du monde se tiennent la main dans ce dossier car souvent les émigrés poussés par l’énergie du désespoir sont prêts à prendre tous les risques.
Ils peuvent se dissimuler dans des conditions ignobles dans des bateaux citernes et se cacher dans des conteneurs de fret. Ils risquent leur vie et trop souvent, le risque finit en tragédie.
Les trafiquants qui font commerce de rêves brisés et d’âmes perdues, se nourrissent du désespoir de cette vague humaine tels de vrais charognards.
Nous ne pouvons plus permettre que ce manque de contrôle continue.
Nous ne devrions jamais permettre à quelques criminels de déformer la vision du monde d’une majorité d’honnêtes gens.
Notre monde et ses babitants sont en mouvement comme un fleuve puissant, grossi par les crues. Les barrages ne l’arretent pas et les digues fuient. Des ponts bien ancrés pourraient toutefois fournir la réponse recherchée.
Voilà presque deux cents ans que le Canada construit des ponts pour les nouveaux arrivés.
Au Canada, l’histoire nous a appris ce qui fonctionne quand il s’agit d’immigration et, peut-être même plus important pour vos discussions, ce qui ne fonctionne pas. Pour nous, ce fut un processus de tentatives et d’éducation qui se poursuit encore aujourd’hui.
Au coeur de l’expérience canadienne en matière d’immigration, on retrouve quatre thémes centraux:

  1. l’intégration,
  2. les emplois et les possibilités économiques,
  3. les inquiétudes culturelles et
  4. l’expression politique.

L’intégration

Nous avons appris qu’accueillir les nouveaux venus dans une communauté avec une simple poignée de mains et quelques mots gentils constitue une recette de marginalisation, de désunion, de coûts sociaux et de chômage. Cela ne fonctionne pas bien.
Au contraire, nous savons qu’en investissant au début du processus les épargnes sont quasiment incalculables tant sur le plan de la santé, de la stabilité émotionnelle que sur celui de la productivité et du travail.
Quand mon père a amené notre famille au Canada, les cours de langue n’étaient pas offerts et je peux vous dire que de tels cours auraient grandement facilité sa transition dans l’usinage et l’outillage.
Le Canada dépense environ 250 million $ chaque année en intégration précoce des immigrants et même cela n’est pas suffisant. Ceci comprend la formation en domaines aussi importants que la langue, l’aide à l’emploi et une orientation de base à la nouvelle communauté.
Nos programmes d’accueil ne devraient pas se voir comme une distribution gratuite mais plutôt comme une assistance aux nouveaux arrivés.
La politique finale d’intégration est une politique progressive de citoyenneté. Les nouveaux arrivés au Canada peuvent devenir citoyens dans les trois ans, une période beaucoup plus courte que dans de nombreux pays européens. Il n’y a pas si longtemps, le Canada imposait une période d’attente de cinq ans, mais nous en sommes arrivés à la conclusion qu’une période plus courte était plus avantageuse pour tous.
Plus de 85 p. 100 de nos nouveaux arrivés deviennent des citoyens, ce qui les aide très vite à devenir des membres actifs et constructifs de la société canadienne.
S’il y a un avis que je peux offrir dans ce domaine, ce serait celui de pousser toujours davantage dans la direction d’une entière participation à la société.
Ce faisant, vous évitez de faire du nouvel arrivant ce satellite sur orbite qui restera toujours en marge de votre société.
L’immigrant et le pays hôte profitent tous deux de manière incalculable d’un tel systéme qui permet d’éviter la stratification et de faire du nouvel arrivant un étranger. Si elle ne fait pas cela, une nation court le risque de laisser libre cours à des forces sociales négatives.

L’emploi et les possibilités économiques

Nous savons que les craintes économiques de l’immigrant face à la nouvelle vie qu’il entame correspondent souvent aux craintes des natifs du pays hôte qui ont peur de perdre leur emploi au profit des nouveaux arrivants.
Si l’on n’apaise ni les mythes ni les craintes, ils peuvent engendrer un mélange explosif de racisme, de colère très ciblée et un malaise économique.
Nous luttons de toutes nos forces pour que la réalité remplace le mythe.
Les gens d’affaires immigrant au Canada, par exemple, ont investi environ 2 milliards $ dans mon pays l’an dernier. Cette classe d’immigrants indépendants et doués d’habiletés ont permis au Canada de remplir rapidement des postes requérant des habiletés particulières dans le cadre de la nouvelle économie. Sans ces immigrants dotés des habiletés et des aptitudes requises, ces postes seraient restés vacants.
Je peux vous citer un exemple classique d’immigration et d’établissement positifs au Canada, celui de milliers et de milliers de «Boat people» vietnamiens, arrivés chez nous avec seulement la chemise qu’ils avaient sur le dos.
Ils ont bravé les océans et les pirates --une violence et une peur que l’on ne peut qu’imaginer pour échouer dans une contrée dont le climat n’avait rien a voir avec celui du pays qu’ils avaient laissé derrière eux.

Ont-ils survécu? Que oui! Ils ont non seulement survécu, mais ils ont prospéré. Ce faisant, ils ont aidé leur pays d’adoption à prospérer aussi. Une étude (indépendante du gouvernement) embrassant 10 années de la vie de 1500 personnes montre que ces immigrants sont moins dépendants vis-à-vis de l’assistance sociale, qu’ils créent plus d’emplois et plus d’entreprises qu’un groupe comparable de Canadiens d’origine. Un de ces immigrants sur quatre est actuellement propriétaire d’une entreprise et neuf sur dix sont devenus citoyens canadiens.
Il est clair qu’en sélectionnant les immigrants qui correspondent à nos besoins économiques en expansion, nous trouvons que le plus souvent ils gagnent davantage d’argent et paient davantage d’impôts que le citoyen moyen qui est né au Canada.
Il faut que la politique d’immigration soit souple et consciente des habiletés et des outils nécessaires pour permettre une arrivée réussie dans le nouveau pays et la nouvelle économie.
Nos politiques canadiennes d’immigration ont changé quand nous avons pris en compte l’économie mondiale, notre marché national en changement ainsi que les habiletés linguistiques et les expériences des personnes.
Les nouveaux venus viennent au Canada en empruntant nombre de chemins légaux: les visas étudiants, la catégorie de la famille, les immigrants indépendants, les immigrants d’affaires, les réfugiés et les visiteurs.
Par exemple, les données les plus récentes que j’ai pu voir indiquent que la catégorie d’immigrants d’affaires au Canada a augmenté de 15 p. 100 au Canada. Ces gens nous apportent une connaissance du commerce international qui nous ouvre tout de suite sur le monde par le biais des coutumes, de la langue et de la géographie. Il y a actuellement des gens d’affaires canadiens de descendance italienne qui sillonnent l’Italie. Ils connaissent bien vos coutumes et font des affaires dans votre langue. Ils signent des contrats qui se traduiront en profits économiques pour nos deux pays. En même temps, cela nous aide à être plus concurrentiels.
Quoi qu’en disent quelques méchants faiseurs de mythes qui voudraient retourner à une mentalité du 19^ siècle, les immigrants ont démontré tout au long de l’histoire canadienne qu’ils créent des emplois, comblent des postes qui demeureraient vacants, stimulent la consommation et apportent de la richesse à notre économie.

Des inquiétudes culturelles

Le défi du manque de sécurité culturelle de la part des nations hôtes peut vite dégénérer en attitudes dangereuses. En fait, ces attitudes peuvent être plus menaçantes et plus nocives à long terme, que les inquiétudes économiques classiques auxquelles le nouvel arrivant s’est heurté. Si elles sont laissées à elles-mêmes sans réponse, ces inquiétudes culturelles peuvent affecter notre monde économique, nos événements sportifs et même la façon dont les enfants jouent dans la cour d’ école!
Les immigrants ne sont plus «comme nous», pas plus qu’ils ne mangent la même cuisine ou croient dans le même Dieu.
Quand j’étais ministre de l’immigration, je rencontrais souvent des gens qui me demandaient à propos de récents arrivés. «Sont-ils des Canadiens?» D’une manière parallèle, le récent débat dans ce pays à propos du choix d’une nouvelle Miss Italie s’est fait l’écho de questions et de débats que nous entendons au Canada.
Les gens veulent savoir qui est la majorité et qui est la minorité.
Il faut que l’on apaise cette peur de l’inconnu, cette crainte de ce qui est différent, cette inquiétude qui essaie d’ériger des murs autour de ceux qui ont une langue, une façon de s’habiller, des coutumes ou une religion différentes. Il faut que l’on s’en préoccupe dans nos villes, dans nos villages, nos bourgs, nos pays et notre monde.

Je suis absolument convaincu que le multiculturalisme constitue une réponse à ces doutes, ces craintes, ces inquiétudes. C’est pourquoi le Canada a travaillé d’arrache-pied à construire une société multiculturelle fondée sur la tolérance et le respect mutuel.

Il va sans dire que toute politique de ce genre, surtout quand elle exige un changement dans les façons de penser, prête le flanc à la critique.
Bien sûr, aux adversaires du multiculturalisme, il faut poser les questions suivantes: "Où serions-nous aujourd’hui sans une telle politique de multiculturalisme?" "Où en serions-nous sur le plan des relations raciales, des affaires à mener autour de la Terre?"
Je pense que la réponse est évidente.
Mais malgré les critiques, malgré les inquiétudes, le Canada accepte beaucoup mieux le multiculturalisme. Nos sondages gouvernementaux montrent que la plupart des Canadiens (72 p. 100) sont d’avis que le multiculturalisme enrichit le Canada, tandis que plus de 60 p. 100 pensent que les politiques multiculturelles assistent le commerce et les échanges internationaux.
Le dernier recensement canadien indique que 150 langues sont parlées dans notre pays.
Nous avons trouvé que de nouvelles cultures apportent de nouvelles perspectives, de nouvelles idées ainsi qu’un dynamisme très neuf à notre pays.
Les Canadiens et les Canadiennes comprennent bien que le multiculturalisme dépasse de loin les chants et les danses exotiques. Sa base même est la tolérance et la compréhension mutuelle.

Cette politique fait partie de notre gouvernement national depuis 1971 et elle est devenue une partie vivante, normale de notre vie nationale. Tant et si bien que le multiculturalisme est maintenant la politique officielle de nombreux gouvernements provinciaux et municipaux.
Le Canada est maintenant un magnifique dépôt de cultures. Ces richesses détiennent la clef d’objectifs de politique étrangère et constituent un avantage fondamental alors que nous pénétrons de nouveaux marchés et formons de nouvelles allìances commerciales.
Le multiculturalisme ouvre des portes, c’est sûr. Après tout, je suis moi-même un ministre canadien, né en Argentine de parents italiens et capable de parler aux Italiens dans leur langue maternelle.
À l’heure même où nous nous parlons, il y a aujourd’hui en Europe des Canadiens d’origine hongroise et d’origine polonaise, canadiens depuis deux ou trois générations, en train de brasser des affaires, principalement parce qu’ils parlent une langue qui n’est ni l’une ni l’autre de nos deux langues officielles et qu’ils comprennent une culture qui n’est pas canadienne. Les transactions économiques auxquelles ils se livrent aujourd’hui porteront profit aux deux pays, et ces transactions ont été nourries par la foi du Canada dans le multiculturalisme.
Pour moi, il est clair que le multiculturalisme est l’avenir et c’est une politique dans laquelle nous devons investir encore davantage. C’est une politique qui se marie très bien avec une politique d’immigration.
Mais plus encore, beaucoup plus encore, il s’agit d’un lien avec notre monde. Et je n’ai certainement pas à vous souligner que notre monde n’est plus une palette d’endroits exotiques et éloignés. Notre monde se rétrécit d’heure en heure. On doit aussi dire que comparativement à ce monde qui se rapetisse, les pays qui encouragent et nourrissent le multiculturalisme prennent de l’importance.
Le multiculturalisme peut rapporter des dividendes incroyables à tout un chacun: la paix, la compréhension, le respect mutuel.

L’expression politique

Aujourd’hui, on peut qualifier la Chambre des Communes du Canada de multiculturelle. De mon siège, je peux parler à des députés dont les racines plongent en Asie, aux Caraïbes, en Europe et en Amérique du Sud. Chacun d’eux est un ardent défenseur de la démocratie canadienne.
Il n’en a pas toujours été ainsi, bien sûr. La composition de la Chambre des Communes était traditionnellement un partage entre les députés d’origine française et d’origine anglaise.

Ce n’est plus le cas. De même que notre monde a changé, notre pays a changé et nous avons changé nous aussi. En ce moment, le plus grand groupe de députés après les gens d’origine anglaise et française sont les députés d’origine italienne. Ceux et celles d’entre nous dont les ancêtres sont venus de la région méditerranéenne forment un élément vital -- et ceci vous surprendra peut-être --turbulent et argumentateur du processus démocratique canadien.
Traditionnellement, la politique est le fruit de l’arbre le plus difficile à cueillir pour les immigrants. Mais, selon moi, ce fruit est essentiel au succès des immigrants, de même qu’il est un investissement dans l’avenir de la nation.
Il est compréhensible que participer au système politique ne figure habituellement pas très haut sur la liste des objectifs à atteindre dressée par l’immigrant. Il a d’autres problèmes plus immédiats: le gîte, la nourriture, l’éducation de sa famille.
Mais après que ces éléments essentiels sont satisfaits, c’est par l’expression politique (travailler pour un candidat, devenir un candidat) qu’un immigrant peut indiquer qu’il est bel et bien arrivé. Pourquoi? Parce qu’il fait maintenant partie du système et qu’il participe à son fonctionnement.
Bien sûr, pour le nouveau venu, être élu peut entrâiner son propre lot de problèmes. La bataille n’est certainement pas finie.
Le succès politique du nouveau venu peut ainsi marginaliser ce dernier Je me souviens avoir parlé à un électeur durant la dernière élection qui voulait voter pour mon parti mais ne pouvait se résoudre à voter pour moi.
"Vous ne représenterez que les Italiens" me dit-il. Vous voyez qu’on peut être aussi marginalisé en politique.
Au fait, cet homme a voté pour moi, du moins je le pense, mais seulement après lui avoir calmement mais longuement expliqué que mon but était de représenter tout les gens du comté: la communauté asiatique, la communauté anglaise, la communauté africaine et le quartier italien. Un politicien immigrant ou la communauté qu’il représente ne veulent absolument pas devenir les ethniques de service. Ce politicien ne peut permettre au parti politique de ne l’envoyer qu’aux défilés des communautés ethniques, dans les cafés italiens ou les centres culturels. La politique n’est pas le bon endroit pour entraîner un joueur de "série B". Les nouveaux venus doivent se hisser au premier rang. Ils doivent être des joueurs de "série A". Ce n’est qu’alors que le pays sera vu comme jouant dans les ligues majeures.

Conclusion

Quand vous ajoutez tout cela ensemble, une politique d’immigration correspond-elle à ce dont le Canada a besoin? Notre histoire de croissance et d’acceptation des nouveaux venus depuis même l’époque précédant la Deuxième Guerre mondiale prouve bien sa réussite.
Mais ben sûr je ne suis pas objectif, je suis partisan et un fier Canadien bon teint, alors ne me posez pas cette question-là. Mais peut-être vous pourriez poser la question aux Nations Unies qui deux ans de suite ont déclaré le Canada comme étant au monde le meilleur pays où vivre.
Le fait que mes parents aient maximisé les occasions qui se sont offertes à eux après que deux autres pays les ont laissés tomber, n’est pas leur réussite propre seulement. Le fait que leur fils ait été élu député et nommé ministre du processus qui les avait amenés au Canada n’est pas juste sa propre réussite. Au Canada, on oublie parfois cet aspect de l’histoire.
C’est le succès du Canada. C’est un témoignage de l’histoire que raconte le Canada. Au Canada, vous pouvez partager et les bénéfices et les peines. Vous pouvez participer à un cercle toujours grandissant de possibilités.
S’il y a une pensée que j’aimerais vous transmettre, c’est celle-ci: si le Canada a réussi, c’est en partie grâce aux immigrants et non malgré eux.
Les opposants a l’immigration peuvent bien appeler les immigrants des ratés et des rebuts. Selon eux, les immigrants ne pouvaient réussir chez eux et se sont dono tournés vers un autre pays pour y tenter leur chance.
Permettez-moi de vous dire qu’au Canada, ce furent ces prétendus ratés, ces prétendus rebuts qui ont permis de bâtir une nation.
Ceux qui ont tracé les premiers sillons dans les Prairies canadiennes n’étaient pas des ratés. Ceux qui ont creusé nos métros, construit nos gratte-ciel n’étaient pas des rebuts.
Ceux et celles dont les oeuvres honorent de leur présence notre Musée des beaux-arts ou dont les découvertes méritent des prix internationaux en science ou en médecine ne sont pas des rebuts.
En choisissant de faire de la place pour les immigrants, le Canada a produit une société meilleure et plus forte.
Le Monde devrait faire de la place pour les immigrants; il deviendra ainsi un endroit meilleur et plus sain que jamais.

Merci.

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